lundi 14 novembre 2022

Même à Saint-Dizier... (Les Pyrénées) Avec "Belle et Sébastien, nouvelle génération" (le film)

     Alors que le relief et le paysage environnants de la plaine entre la Marne et la Haute Marne sont assez peu accusés (mais absolument pas dénués d'intérêt) et qu'on est loin de nos montagnes, on pourra, depuis le beau complexe de cinéma Ciné-quai de Saint-Dizier (52), regarder finalement le film Belle et Sébastien, nouvelle génération de Pierre Coré avec un oeil plus complaisant et les immenses panoramas et magnifiques paysages pyrénéens du film feront, de si loin, franchement leur effet. C'est un film grand public pour enfant certes et, si certaines ficelles de l'histoire m'ont paru un peu grosses pour un adulte, il reste quelques belles scènes réellement touchantes comme celle du face à face entre la mère de Sébastien et la louve allaitant ses petits ou quelques-unes autres... On pourra verser une larme aussi quand la grand-mère de Sébastien s'avouera que c'est peut-être la dernière montée en estive de sa vie, le spectateur transpirant dans son siège s'imaginant peut-être lui-même en même temps ne pouvant plus revenir dans ses chères montagnes.

    Cette énième adaptation du roman de Cécile Aubry Belle et Sébastien pose notamment comme originalité de placer l'histoire dans les Pyrénées alors que le roman et les autres diverses versions sont alpins. Une exception notable cependant est l'adaptation en série anime japonaise Meiken Jori, littéralement Jolie, chien fidèle, diffusée pour la première fois sur la NHK en 1982 puis au Québec et en 1983 sur Fr 3, basée sur 52 épisodes de 24 minutes chacun. Même si l'histoire de Belle et Sébastien aurait été inspirée à Cécile Aubry lors d'un séjour à Cauterets.

    À  l'issue de la séance, aussi, on pourra se dire que, au-delà de certaines problématiques abordées de manière plutôt efficace pour un public jeune comme le problème de l'eau, les excès du tourisme, les néo-ruraux, la vie pastorale..., les Hautes Pyrénées dans lesquelles le film est tourné et l'histoire se passe, seraient une destination de vacances idéales. Tout est mis en avant pour montrer en effet les magnifiques paysages de la haute vallée du gave de Pau et beaucoup y reconnaitront des lieux qui leur sont familiers comme la vallée de Barèges et le col du Tourmalet (en plongée), les hauts du cirque de Gavarnie avec la Brèche de Roland et les hauts sommets à plus de 3000 mètres (panoramique et parfois contre plongée) qui nous dominent donc. Mais aussi les activités que les touristes pourraient y faire sont représentées. Ce qui est appréciable reste qu'on se rend compte rapidement que cela se passe dans les Pyrénées mais que l'on ne le rappelle pas de manière ostentatoire et répétitive. Voilà, les paysages sont justes beaux, et la région Occitanie qui a participé au financement l'a bien compris.

    Les Pyrénées n'y sont pas représentées comme un espace totalement sauvage, même si le retour du loup pourrait le laisser croire alors que nos héroïnes luttent pour ne pas laisser l'exploitation et l'élevage périr. Mais peut-être, n'est-ce une étape dans cette direction. Cependant les images d'animaux sauvages sont belles et on peut penser que la collaboration de Vincent Munier n'y est pas pour rien. On fera tout de même attention à ne pas prendre les Patous pour de grosses peluches même si on aimerait bien aussi les prendre dans nos bras. Ce sont d'abord des chiens de protection des troupeaux et non de berger pour ramener les bêtes. Courageux, ces chiens ne se défilent pas face au danger que pourrait représenter une attaque d'un ou des loups ou voire pour certains des ours... Le stress du troupeau de brebis qui sent le danger de l'attaque imminente est mis en scène de manière plutôt réaliste par exemple. La fin est un peu probablement inutile...

Les airs de la chanson de Gaétan Roussel Il y a dans la bande originale arrivent aussi à bon compte.

Alors voilà qu'un film projeté dont l'histoire se passe dans les Pyrénées nous permet aussi de visiter en même temps, le complexe de cinéma construit dans l'ancienne usine Miko (oui oui les crèmes glacées...) dont on a gardé simplement sa tour des années 30 dans laquelle on a placé un mini musée très intéressant sur la famille Ortiz et l'entreprise Miko, toujours présente dans la ville de Saint-Dizier dans le nord est de la France.


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vendredi 4 novembre 2022

Le Pic de L'Estagnas (2613m) et l'étang de Soula Colomer dans la vallée des Bésines (09)

    Le pic de l'Estagnas est un peu en retrait dans la vallée des Bésines, directement à l'ouest de la porteille du même nom qui donne accès à la vallée de Mérens par le petit étang l'Estagnas. Du haut de ses 2613 mètres d'altitude, il ne domine pas outrageusement ses congénères mais la partie supérieure de son versant sud (le nord aussi) est composé de roches assez découpées et de versants abrupts qu'il faudra contourner par le versant nord pour en venir à bout. En effet, en venant du sud, depuis l'Hospitalet près l'Andorre, par le fond fréquenté de la jasse des Bésines (au bout de l'étang du même nom), puis en remontant le versant de la porteille des Bésines, on bifurquera à mi chemin par une sente cairnée sur la gauche et à nouveau à droite au premier replat pour aller à la rencontre du bel étang de Soula Coulomer à 2325 mètres d'altitude (1,8 hectare de superficie pour une dizaine de mètres de profondeur). On sera alors au pied de la face sud et on visera une porteille directement à gauche du sommet qu'il faudra alors franchir pour redescendre d'une cinquantaine de mètres sur le versant nord afin de contourner le sommet pour finir l'ascension complètement à droite après avoir passé les versants abrupts. L'itinéraire, bien que non cairné, une fois sur place paraitra évident et même s'il faut quelque peu poser les mains sous le sommet dans les gros éboulis, le cheminement sera (ça n'engage que moi) bien plus facile qu'escompté, même s'il faut rester concentré... Ça évitera toutefois de s'engager sur la crête pour laquelle du matériel adapté serait obligatoire.

Photo 1 : Sur le chemin du pic d'Estagnas, en se retournant,vue vers le sud et l'étang de Soula Coulomer et le puig Pedros à gauche. Cette vue est immanquablement une des raisons essentielles de cette ascension...

Photo 2: Depuis l'étang de Soula Coulomer, vue sur le pic de l'Estagnas (double sommet). À gauche directement se trouve la porteille qui permet le passage pour le contourner et poursuivre l'ascension en versant nord...Pour y accéder, je suis passé par la droite à la sortie du lac puis monté en diagonale vers la gauche sur les moutonnements pour arriver directement sous la porteille sur laquelle il fallait grimper. Attention au gispet, ça glisse! Soula vient probablement de soulane qui signifie le versant au soleil, généralement exposé au sud. Coulomer, comme peut-être colomer en catalan qui veut dire pigeonnier... (Merci M.)

Le panorama depuis le sommet est assez large et donne sur le massif du Carlit à l'est, les sommets de la vallée d'Orlu, le massif de la Tabe bien détaché et bien visible au nord, et la haute vallée de l'Ariège et la Soulane d'Andorre, ainsi que le pic d'Auriol, et probablement les premiers massifs du massif Central par temps dégagé. Le puig Pedros en face donne dans ces paysages de carte postale avec l'étang de Soula Coulomer au premier plan sous nos pieds. La vue plongeante sur l'Estagnas, au nord est, est également belle. Mais ce que j'ai trouvé d'assez remarquable a été la vue sur les petits étangs de Grat Casal sur le versant nord, dans une zone assez sauvage, accessible hors sentier depuis la vallée de l'Estagnas au dessus de Mérens. On pourra imaginer que les isards s'y promènent en toute liberté. Le plus grand de cet ensemble de trois petits étangs est d'une surface d'à peine 0,4 hectare, perdu au milieu des pins à crochets qui remontent lentement le versant.  D'ailleurs au sommet du pic d'Estagnas, dans le petit abaissement menant à l'antécime (le sommet principal est celui de droite en montant par le sud), se trouve un pin à crochets qui est probablement, à plus de 2600 mètres d'altitude, un des plus hauts du secteur. Un vautour fauve aura eu aussi la délicatesse de me laisser une belle plume sous la porteille...

Photo 3 : Chacun marque son territoire à sa manière... Vous aurez reconnu une plume de vautour fauve. Ils sont bien présents dans le secteur et parfois se nourrissent de carcasses de bêtes tuées et laissées là par certains types de chasseurs indélicats...

    Il sera alors bien dommage que cette quiétude soit un peu gâchée par le va et vient bruyant d'un hélicoptère qui naviguait de la porteille des bésines jusqu'aux confins de la porteille d'en Garcie de l'autre côté de la vallée (là où effectivement aussi on trouve des isards mais aussi des mouflons..). Je ne sais pas ce qu'il fabriquait mais ce qui est sûr c'est que j'ai vu un isard qui y était hélitreuillé... Le lendemain matin depuis l'Hospitalet près l'Andorre où je dormais, après 4 coups de fusils consécutifs entendus, le bal de l'hélicoptère a repris, même dans la soirée... L'ONF propose bien des chasses à la journée sur "ses" domaines de la haute Ariège... Ça m'a gêné... Je ne sais pas si cet organisme public a cette vocation... même si on nous dira que "la chasse est partie prenante de la gestion durable des forêts car elle contribue à la conservation des écosystèmes forestiers et au développement de leur biodiversité". Entendons-nous bien je ne suis pas contre la chasse surtout quand elle est sportive (bien au contraire mais sportive dans le sens, je monte à pied et je redescends de la même manière avec l'éventuelle dépouille sur le dos ou dans le sac, dépouille que l'on mangera bien sûr sinon ça ne sert à rien de tuer la bête!)... Mais les hélicos (même si ce n'est que pour ramener le gibier tué)... ce n'est pas possible.

    Plus harmonieusement, en étant presque seul en cette fin d'après-midi, pour terminer et revenir vers l'Hospitalet près l'Andorre, et sa gare ferroviaire, le sentier arborera ses plus belles couleurs d'automne même si ce début de mois de novembre ressemblait tant aux mois d'octobre d'antan.. (voir photo 4 ci-dessous). On sera alors passé au préalable le long de la retenue de l'étang des Bésines dont le niveau de l'eau semblait être un peu remonté et sur lequel des canards (il m'a semblé que c'était des colverts) barbotaient en cherchant leur nourriture au fond de l'eau. On aura peut-être aussi emprunté au préalable l'ancien sentier du GR10 qui ne passe pas par le refuge gardé des Bésines mais descend directement vers la cabane de berger, au fond de la jasse en bout d'étang, rénovée en 1992 par la commune de Mérens, dans laquelle se trouvait le matériel pastoral et dans laquelle on pouvait dormir paisiblement il y a fort longtemps d'ailleurs. 

Dernier point positif tout de même, il y avait nettement moins de mouchoirs en papier et autres papiers toilettes sur le chemin cette fois-ci... peut-être que les gens ont lu le best seller Comment chier dans les bois? de Kathleen Meyer et se sont interrogés sur leurs comportements...

Photo 5: Et puis encore des couleurs d'automne, parce que probablement ce sera la dernière visite de la saison avant la neige et que parfois le sevrage est un peu difficile... Au fond, la vallée du Sisca, dominée par le pic de la Cabanette...


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Depuis L'Hospitalet près l'Andorre


jeudi 20 octobre 2022

Sur les chemins de la Retirada, en Catalogne, entre La Vajol et Las Illas.

     Il s'agissait aujourd'hui simplement de marcher dans les pas des milliers de réfugiés républicains espagnols qui ont fui par les montagnes catalanes à la fin de la guerre d'Espagne, entre le 27 janvier et le 9 février 1939, pendant l'épisode que l'on a appelé la Retirada. Ils étaient quasiment un demi million. Autrement dit, nous n'étions pas ici pour les grands sommets et les vastes panoramas, même si depuis La Vajol (à 540m d'altitude) par temps clair, la vue vers la plaine de Figueras et l'Alt Emporda est tout de même très vaste.

Photo 1: À La Vajol, on assume cet héritage. "En souvenir de tous les Républicains de la guerre..." Je ne comprends pas toujours pas qu'il n'y ait pas de musée concernant ce sujet à Toulouse. C'est un peu lamentable d'ailleurs...

    Voilà, on vient ici parce que ce chemin est chargé d'histoire et que tout au long de son itinéraire les monuments et les mémoriaux permettent la conservation collective du souvenir de ce fait de l'histoire. Ici donc, par ces anciens chemins de contrebande, sont passés des milliers de réfugiés (civils et militaires) fuyant l'armée de Franco qui acculait la zone car aussi l'itinéraire le plus emprunté, celui du Perthus plus à l'est, était encombré et bombardé. Ici donc, le passage le plus notoire fut celui du président Manuel Azana qui dans la nuit du 5 au 6 février traversa à pied clandestinement dans la neige la frontière en compagnie du chef du gouvernement Juan Negrin Lopezet du président des Corts Diego Martinez Barrio. Ils furent rejoints quelques heures plus tard par le président de la Generalitat de Catalogne Lluis Companys et le président du gouvernement basque José Antonio de Aguirre. Une plaque a été apposée au col le 18 avril 2009. Ils arrivèrent ainsi à Las Illas (Les Illes en catalan car dans cette langue les pluriels sont en -es) sur le versant français, en passant par le col de Lly (à 710m d'altitude, borne frontière 557) et trouvèrent refuge à l'Hostal dels Trabucayres, aujourd'hui sur la placeta de la libertat, où le président mangea une omelette avant de repasser la frontière pour faire son entrée officielle en France, qui lui donna le droit d'asile. Une plaque apposée le 14/04/1990 près de l'entrée de l'auberge rappelle bien que "Par ce lieu le 5/02/1939 passèrent, chassés d'Espagne par l'agression nazi(e) fasciste internationale les présidents...". C'était donc un chemin de l'exil car peu d'entre eux ne reviendront un jour dans leur pays. Le président Azana est enterré aujourd'hui à Montauban. Ce chemin servira également en sens inverse pendant la Seconde Guerre mondiale à fuir les persécutions nazies et vichystes par ce que l'on appellera les chemins de liberté.

Photo 2: À Las Illas, en haut du village au débouché du sentier qui descend du col de Lli...

    Au préalable, à La Vajol, au pied de la frontière que domine le pic des Salines (1333m d'altitude), dans les jours précédents, le président et le gouvernement Negrin s'étaient installés dans une grande demeure datant 19ème siècle à un kilomètre du village "Can barris". Autour de La Vajol, ils cachèrent dans une mine à l'écart les réserves d'or de la banque d'Espagne ainsi que des tableaux du fameux Musée du Prado de Madrid. On aura aussi pu voir, près du parking à gauche à l'entrée du village, un peu à l'écart, le monument dédié à l'exil avec les deux statues de deux réfugiés Mariano Gracia et sa fille unijambiste Alicia arrivant à Prats de Mollo (une autre vallée plus à l'ouest et plus haute en altitude par laquelle les réfugiés ont pu passer) et reprenant la célèbre photo de Roger Violler publiée dans l'hebdomadaire L'illustration.

Photo 3: On est quand même dans la montagne... Pour l'évocation de la montagne et cette guerre, on pourra lire le très beau roman de Irene Solà Je chante et la montagne danse. Vue en remontant vers le col de Manrell.

    Il est donc aujourd'hui possible de reprendre cet itinéraire finalement assez court puisque deux petites heures (en étant large mais cela n'engage que moi) seront suffisantes pour aller d'un village à l'autre. Au départ, hormis quelques pancartes le chemin n'est pas vraiment balisé ce qui d'ailleurs est très étonnant vu le nombre de sites internet qui parle de cet itinéraire... À partir du croisement d'avec une route qui vient de la gauche, un sentier dans la forêt de pins et de chênes, notamment de nombreux chênes lièges (il faut quand même aller le chercher ce sentier car ce n'est pas indiqué, en remontant sur 30 mètres la route croisée), au milieu des jolis affleurements de granit, permet d'éviter de marcher le long de l'assez large route (un bus pourrait y aller me semble t-il) qui monte vers le col de Manrell. Ce sentier (et la route) arrive sur le parking d'un restaurant et juste après, à gauche, une piste s'enfonce dans la forêt pour rejoindre le fameux col. C'est indiqué de toute façon sur des pancartes (Coll de Lly), ce serait compliqué de se perdre. En croisant des promeneurs avec des sacs remplis de châtaignes vous vous rendrez peut-être compte qu'effectivement on remonte une châtaigneraie et que parfois on se met à penser à la montagne corse. Lorsqu'on passe côté français, on est obligé de rentrer dans un enclos avec des vaches (même si c'est balisé désormais), d'en ressortir un peu plus loin en longeant le grillage d'un enclos qui semble servir de réserve de chasse, dans laquelle on voit bien le surpâturage des sols qui n'ont de sol que le nom tellement ils ont été retournés par les sangliers et autres bestioles. Tout cela pour aller se faire flinguer comme des lapins... Je ne suis pas contre la chasse mais celle pour laquelle on élève des bêtes dans des enclos juste pour qu'un public (urbain de manière générale en France aujourd'hui) vienne dézinguer ces bêtes sans défense, c'est un peu gênant... d'autant plus qu'on privatise, sans droit de passage, une bonne partie du territoire... Bon c'est un autre débat...

Photo 4: En redescendant vers Las Illas...

    Pour le chemin du retour, on aura choisi de passer par le col de Manrell, mais cette deuxième partie de l'itinéraire reste assez décevante malgré le monument au sommet, car il s'agit de remonter d'abord une petite route qui passe dans une sorte de lotissement très peu dense (en passant devant un enclos dans lequel des chèvres et autres biches se promènent). Du col, il n'y a plus aucun sentier qui redescend (malgré ce que peut mentionner la carte sur les panneaux à La Vajol, il a été privatisé) et on est obligé de se farcir la route et ses 3,5 kilomètres pour retourner au village, en bénéficiant toutefois de quelques jolis points de vue. sur la vallée. On pourra tout de même prendre un verre dans le bar près de la mairie et constater encore que les espagnols sont chaleureux avant de traverser le vieux village et d'admirer la jolie et vieille église romane (San Martin de La Vajol), son clocher mur, et ses entrées sur la façade sud coincée entre deux habitations; ce qui lui donne un charme certain.

Photo 5 : La fameuse carte sur laquelle il est possible de localiser les principaux sites évoqués dans le texte (Mina Canta, Can Barris, Monument a la retirada, Col de Lli et col de Manrella avec son monument catalanisant Lluis Companys...)

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lundi 10 octobre 2022

Le pic Posets (3375m), champagne en la "puta cima"...

    C'était lors d'une longue et belle descente assez minérale dans sa première partie, depuis le sommet du pic Posets, dans l'Aragon, pendant la dernière pause à côté du refuge belvédère Angel Orus, sous la menace de l'orage encore un peu lointain, au-dessus de la forêt de tous les dégradés de vert, du plus foncé au plus clair, même en cette fin de saison, parsemée aussi de sorbiers des oiseleurs qui ne faisaient pas qu'enflammer la forêt. La sensation grisante du sac allégé après avoir éliminé tous ensemble les deux kilos de fromage, le champagne bu au sommet sous les échos chantants des basques et des catalans présents (bien sûr je n'ai pas balancé la bouteille vide par-dessus bord), la charcuterie et tout le reste (tente, duvet, matelas...) ... Oui nous étions bien et l'ivresse des sommets n'était pas un vain mot... Un groupe de randonneurs espagnols, visiblement content de terminer la descente, et amené par un accompagnateur de montagne réellement chaleureux, s'est alors approché de nous. 

(Bon qu'est-ce qu'ils veulent encore???) (intérieurement)

- Nous avons trouvé une polaire et un cortaviento (coupe-vent). Ça ne serait pas à vous par hasard?

-Ben... (en se regardant tous) non! Non non...

- Je demande comme ça!

Et puis l'ombre d'un doute... On ouvre le sac... Et on court pour les rattraper... La polaire n'est-elle pas noire?? Le coupe-vent n'est-il pas de la marque ...?

- Et oui! Et oui...

- Muchas gracias muchas muchas gracias (j'avais acheté le coupe-vent trois jours auparavant)... Mais quand même (tout ça en espagnol), vous les avez trouvé où ?

- En la puta cima...

Photo 1 : Depuis le col (vers 3010m) sous la Diente de Llardana, vue en direction du sommet des Posets que l'on devine avec la petite pointe blanche qui dépasse de l'ultime ligne de crête.

Photo 2 : Depuis le sommet, vue sur le versant nord et la crête des pics de la Paul (3078m) et le pic de Bardamine (3079m) juste au-dessus de l'étang de ... (il n'est pas présent sur la carte Alpina au 1/25000). Si le photographe se retourne il verra la ligne de crête qui court par Las Espadas (3328m). En dessous, il trouvera les restes du glacier des Posets sous un monticule de débris minéraux le faisant ressembler davantage à un glacier noir. Sur le versant opposé le glacier de Llardana fait de la résistance.

Photo 4: L'ultime partie de la voie par le canal Fonda. Les parois de droite sont celles de la Diente de Llardana. Celle-ci était vraiment tentante mais la montée soudaine du mauvais temps nous a fait préférer y renoncer. Ce n'est que partie remise. 

   
 Alors effectivement, voici une bonne idée que de boire du champagne à fines bulles au sommet de la deuxième plus haute montagne des Pyrénées! Qu'en plus ce pic Posets est en Espagne et qu'en Espagne souvent les hauts sommets ressemblent à des bodegas car les Espagnols aiment la montagne et qu'ils expriment souvent leur joie d'être là de manière chaleureuse et que cette fois-ci avant que le groupe n'arrive, il y avait quatre jeunes catalans et basques (et nos amis basques et commingeois à nous et G. ) à qui on a offert de partager notre champagne et qui ont donc entonné en cœur un joyeux anniversaire à Guillaume, en basque puis en catalan (ou l'inverse). 

    Alors voilà encore que finalement, la description de l'itinéraire peut apparaître secondaire, que malgré tout le panorama depuis ce sommet en particulier me parait être un des plus beaux des Pyrénées car depuis là, en position centrale, et bien au-dessus de la plupart, presque tous les principaux sommets du Balaïtous au Montcalm, en passant par le Cagire ou le pic du Midi de Bigorre, sont visibles. 

    Monter là-haut prend du temps de toute façon, surtout si vous décidez d'aller bivouaquer au bord du très beau lac de Llardaneta (Llardana signifierait terre brulée) vers 2650 mètres d'altitude en s'écartant de peu de la voie normale en direction des granges de Viados (sur l'autre versant), pour y revenir ensuite le lendemain. Au bout du lac, des aires de bivouac informels ont été aménagés et de là on suivra facilement l'itinéraire pour gravir les pics de la Forqueta en guise de bonus, par l'itinéraire du GR11. Le départ se fait depuis le dernier parking de la cascade d'Espigantosa dans la vallée du rio Eriste au-dessus du village éponyme juste avant Benasque, à 1500 mètres d'altitude (jusqu'au 30 septembre normalement un bus vous y emmène). Tout est indiqué (balises et pancartes et cairns) jusqu'au bout et vous passerez devant le refuge d'Angel Orus déjà cité à 2100 mètres, le canal Fonda qui peut-être enneigé tardivement et sujet à avalanche puis le col sous la Diente de Llardana impressionnante avec ses parois vertigineuses... et enfin le sommet à 3375m (ou 3369m fréquemment sur les cartes espagnoles ou sur la borne du sommet). Voilà si vous le faites d'un seul trait c'est minimum entre cinq et six heures qu'il faudra pour monter seulement même s'il n'y a aucune difficulté technique (ça n'engage que moi...). C'est presque sûr que les bergers et chasseurs ont dû gravir la cime avant les premiers pyrénéistes officiels qu'il n'est pas du coup nécessaire de mentionner (bon allez si quand même H.Halkett avec P.Redonnet et P.Barrau le 6 août 1856). Mais je citerai aussi Patrice de Bellefon dans son classique et beau et éternel Pyrénées, les 100 plus belles courses et randonnées : "Son ascension est longue et monotone. Pourtant on aime à le faire et à pénétrer lentement dans l'intimité de ce grand solitaire. Des glaciers poussiéreux et de vastes éboulis engendrent cette monotonie qui, comme celle des déserts, inspire parfois même une mélancolie qui n'est pas dénuée de douceur."

Photo 5: Une douce mélancolie...

    Les géologues en herbe y trouveront majoritairement sur un socle granitique du schiste et du calcaire d'où peut-être la signification du nom du sommet qui voudrait dire gouffre, puit. C'est vrai qu'au bout du lac où nous avions campé, un petit phénomène endoréique empêchait l'écoulement de l'eau du déversoir du lac d'aller directement dans une mer lointaine. L'ensemble fait partie du parc naturel de Posets-Maladeta.

Photo: Au fond de l'ibon (lac) de Llardaneta, tout le monde (merci à tous) est là... Le pic Posets est au fond quelque part dans les nuages, mais pas de regrets car même par beau temps, on ne le verrai pas...  Pour bivouaquer dans le parc naturel de Posets-Maladeta, il faut être à plus de 2300 mètres d'altitude, planter la tente après 19h et l'enlever avant 8h...