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samedi 11 juin 2022

Pic de la Coma Pedrosa (2943m) plus haut sommet de l'Andorre.

 Le pic de la Coma Pedrosa avec ses 2943 mètres d'altitude est donc le plus haut sommet d'Andorre et il domine la vallée d'Arinsal de manière abrupte. On voit d'ailleurs depuis le sommet le parking en contrebas où on aura laissé la voiture. Commençant dans la forêt de pins, son ascension d'environ 1400 mètres de dénivellation ne présente pas de difficultés techniques (ça n'engage que moi) car il suffit de suivre le sentier balisé du GR11 jusqu'au dessus de l'estany negre (étang noir) puis prendre à droite jusqu'au sommet, bien visible alors, l'itinéraire que vous aurez choisi car il y en a plusieurs et ils sont bien visibles eux aussi (environ 7 h, 4+3 aller/retour). Cet étang à 2627 mètres d'altitude, d'une superficie d'1,5 hectare et d'une profondeur maximale de 16 mètres, d'après lacdespyrénées.com, est l'un des plus hauts de la principauté.

Photo 1 : Depuis le sentier montant au pic de Baiau (2881m), vue sur la face ouest et voie normale vers le pic de la Coma pedrosa. L'estany negre est en dehors de l'image, hors cadre (...), à droite.

Le panorama est assez large et beau puisqu'il court du pic Carlit dans les Pyrénées-orientales vers l'est au massif de la Maladetta bien visible en ce jour, du Luchonais (et probablement du Néouvielle) vers l'ouest. Enfin, au nord la plaine toulousaine et la montagne noire sont assez bien visibles, tout comme les pré-pyrénées catalanes. Surtout il permet d'avoir une vision d'ensemble sur presque toute la principauté d'Andorre, et ça c'est pas mal aussi. 

Photo 2: L'estany negre, à 2627 m. Encore englacé... C'est sur qu'on est que le 10 juin. Avec ce changement climatique, les rhododendrons sont déjà bien sortis, avec pratiquement un mois d'avance.

Photo 3 : Basses d'estany negre juste sous l'estany negre. Au fond, sur la ligne de crête la portella de Sanfonts.

Étant donné son statut de plus haut sommet, ne vous attendez pas à y être seul, surtout l'été. Mais l'ambiance, comme à chaque fois que j'ai pu y aller, m'a toujours paru agréable et chaleureuse presque comme dans une bodega. Et aujourd'hui, nous n'en aurons pas trop voulu à celui dont la sonnerie du téléphone a retenti avec just a perfect day de Lou Reed. C'est vrai qu'il faisait beau, presque un peu chaud même. Mais cette chaleur nous l'avons évacué dans la descente avec une baignade inattendue et heureuse dans l'eau, si claire et fraîche comme il fallait, de l'estany de les truites, en catalan, (à 2 minutes à pied du refuge de la Coma Pedrosa), qui porte si bien son nom (quelques truites fario venaient à la surface et le long de la rive). Quand nous avons vu la clarté et la beauté de l'eau entre le vert et le bleu, comme souvent en Andorre, je n'ai pas résisté. Et hop un petit plongeon... Si vous voulez un peu de solitude vous pourrez toujours grimper au sommet voisin le pic de Baiau (2881m) distant de 300 mètres du pic de la Coma pedrosa (à vol d'oiseau bien sûr hahaha...), avec vue sur les étangs du même nom sur le versant espagnol. Ce que j'ai aimé aussi c'est d'y trouver le patrimoine pastoral d'altitude en partie restauré et mis en valeur.

Photo 4: Estany de les Truites, à deux pas du refuge de la Coma pedrosa vers 2250 mètres d'altitude.

On pourra toujours alors rappeler que la première ascension documentée de cette montagne date de 22 septembre 1858 par une commission hispano-andorrane chargée de délimiter la frontière. On pourra ajouter également que Coma veut dire en catalan vallée, ici vallée glaciaire servant de pâturage d'estive, et que pedrosa vient du latin pierre. Finalement ce serait donc le "pic au dessus de la vallée pierreuse". En tout cas, situé dans le parc naturel communal de la Coma Pedrosa, d'une superficie d'environ 15 kilomètres carrés, cet espace est directement accessible depuis le bas de la vallée en transport en commun (ligne 5). La principauté d'Andorre, densément peuplée dans ses fonds de vallées, est moderne...

Photo 5: Au niveau de l'embranchement vers le refuge, au niveau du collet de Coma pedrosa, on peut apercevoir sur l'autre rive les vestiges pastoraux restaurés par la commune de La Massana. La cabane est construite selon la technique ancestrale de la pierre sèche et l'enclos à côté sert à garder les bovins en cas de problèmes météorologiques notamment. En Andorre, d'une manière générale, le patrimoine pastoral d'altitude est préservé et restauré.

Photo 6: Fin de printemps...

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mardi 2 novembre 2021

Le pic de Bagnels (2638m) et sa vue imprenable sur les étangs Blaou et de Soulanet.

 Le pic de Bagnels (ou pic del port de Siguer) avec ses 2636 mètres n'est pas le plus prestigieux des sommets sur la frontière entre l'Ariège et l'Andorre mais son intérêt est réel car depuis son sommet la vue est vraiment imprenable et concomitante sur les magnifiques étangs Blaou (de 16,5 hectares à 2345m) à l'ouest et de Soulanet (de 6 hectares à 2345m aussi) à l'est. Son ascension par le sud est relativement aisée en remontant la vallée du Rialb andorran car le parking est situé à 1800 mètres d'altitude. Celui-ci marque aussi le départ vers le parc national du Vall de Sorteny Cela évitera la longue et peut-être fastidieuse remontée de la vallée de Peyregrand depuis le village ariégeois de Siguer (parking à 900 mètres d'altitude), même si cet itinéraire pourra ravir tout son monde avec la visite en chemin de l'étang de Peyregrand à 1898 mètres d'altitude. Enfin, cette fois-ci, je voulais dominer l'étang Blaou pour avoir une vue plus générale, ce qui nous est offert dès l'arrivée au port de Siguer (2393m). Il suffit de descendre ensuite pendant un petit quart d'heure pour arriver sur ses rives. Depuis le parking de Rialb, au dessus du petit village andorran d'El Serrat, l'étang est annoncé à 2h15... À voir sa position, coincé sous le pic de Thoumasset et les autres crêtes, on comprend les raisons de son dégel tardif. Le port de Siguer constitue une voie de passage ancienne empruntée par les contrebandiers ou les réfugiés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Photo 1: Depuis peu après le port de Siguer, vue sur l'étang blaou...

Photo 2 : En redescendant tranquillement du sommet du pic de Bagnels, vue sur l'étang de Soulanet.

Une fois au col, il suffira de suivre le sentier cairné qui suit la crête vers l'est passant sous le pic avant de remonter par le doux versant oriental herbeux. Pour le retour, on choisira de poursuivre l'itinéraire sur la crête et de redescendre par le port de Bagnels (ou Soulanet) et de basculer à nouveau dans la vallée de Rialb repassant devant le refuge de Rialb à 1990 mètres. L'arrivée n'est plus alors très loin. Ce que j'ai trouvé de magnifique, au delà du cadre des principaux sommets du nord de l'Andorre, et de la Haute Ariège, c'est sur la dernière partie de la crête depuis le pic, la vue permanente sur l'étang de Soulanet qui se trouve dans la partie supérieure d'une vallée (celle du Quioulès) qui s'ouvre tellement que l'on ne peut parler de cirque glaciaire mais une impression de grands espaces fait place... D'autant plus que dans cette direction (vers l'est, on voit assez loin vers la plaine de l'Aude, et même au nord vers Toulouse...). La seule difficulté en ce jour, a été de faire attention à ne pas glisser sur le sol gelé et le gispet glissant... Il avait bien gelé cette nuit... Sur le versant sud andorran, on surplombe le petit étang bleu, lui posé vers 2375m.

Photo 3 : Depuis le sommet, vue sur les deux étangs... Au centre le pic de Thoumasset (2741m), à gauche, le pic du Port (2903m). Tout au fond, à gauche, les plus sommets de l'Andorre (Coma Pedrosa...)

Après le refuge de Rialb, alors qu'on amorce sur la droite la montée vers le port de Siguer, se trouve une jolie cabane de berger qui semble avoir été réhabilitée depuis peu. Avec un peu de chance, on croisera également deux isards tout autant surpris que vous et qui détaleront dans deux directions opposées sans que vous ayez eu le temps de dégainer.

Photo 4 : Le refuge de Rialb comme c'est indiqué... Il fait partie d'un réseau très développé de cabanes ouvertes aux visiteurs qui permet de visiter toute l'Andorre. En arrière-plan, le port (vieux) de Siguer et le notre est sur la droite, caché.

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vendredi 30 juillet 2021

Les petits étangs de la Soulane d'Andorre (épilogue...)

 Pour ceux qui voudront un peu sortir des sentiers battus (et balisés), la Soulane d'Andorre déjà évoquée et parcourue dans le passé, offre de belles surprises. Une soulane est un versant exposé au soleil. C'est aussi un versant peu fréquentée, même si tous les touristes d'un jour qui montent au Pas de la Casa peuvent la regarder depuis leur voiture en faisant la queue avant de passer la police des frontières et que peu se disent qu'elle est en Andorre. Peu importe, on quittera L'Hospitalet près l'Andorre (1440m) de bonne heure empruntant pour commencer des chemins balisés de la vallée du Sisca, que l'on laissera au niveau du col dels Clots (2169m) sur la crête frontalière. On abandonnera alors les balises rouges et blanches pour filer plein ouest prolongeant la ballade sur la large ligne de crête jusqu'aux sommets de celle-ci au pic de la Cabaneta (ou Cabanette, c'est aussi joli en français) à 2843m d'altitude. Tout au long de ce parcours aérien (au sens de au-dessus du reste), le panorama qui s'offre est vaste tant sur les sommets lointains que sur les lacs des vallées environnantes comme celle du Sisca ariégeois qu'on a laissé, ou celle du Siscaro plus loin côté andorran. Du pic Carlit au Montcalm les hauts sommets nous regardent, tout comme le col du Puymorens en face. 

Photo 1 : Depuis le col dels Clots, vue en direction de l'est. Au fond, le pic Pédrous (2842m), à gauche, le pic d'Auriol (2695m) et à droite le pic de Tossal Mercader (2547m). En contre jour c'est pas si mal...

Photo 2: À 2166 m d'altitude, le premier que vous rencontrerez est un nid à grenouille...

Photo 3 : L'étang de Clote (enfin certains l'appellent comme ça...), en suivant, à 2337 m, vue depuis la crête. Clots signifierait des cuvettes glaciaires entourées d'escarpements.

Mais ce que j'aime sur ce vaste versant pastoral c'est qu'il est parsemé de petits étangs peu fréquentés (D., j'espère que tu auras pu aller récupérer ta paire de jumelles), lovés dans les recoins des reliefs façonnées par les glaciers aujourd'hui disparus. Ils sont au nombre de quatre ces petits étangs, car tout au fond dans la direction du port Dret et de Soldeu, l'estany Mort, à 2549 m, porte bien son nom, puisque ce n'était ce jour qu'une vaste étendue herbeuse. Mais de toute façon, cette partie n'est plus la Soulane d'Andorre mais la Portella. Alors la Soulane proprement dite comporte 4 petits étangs qui sur la carte IGN ne portent pas de noms. Aucun chemin balisé n'y mène, je n'y ai pas vu de cairns. Et enfin, c'est tant mieux... Depuis l'étang le plus à l'ouest, le plus haut aussi, à 2489 m, on ne voit plus l'urbanisation agressive du Pas de la Case, on n'entend plus la route, on se croirait abandonné dans une vallée perdue. On pourrait même y oublier sa paire de jumelles et la retrouver deux jours plus tard au même endroit... Pour trouver votre chemin, ce ne devrait pas être trop difficile, vous vous choisirez les balises que vous voulez. Tiens un champ d'iris des Pyrénées (ou iris latifolia), avec parfois de grandes gentianes jaunes qui s'y perdent. Là une patte d'isard décharnée. Un éboulis qui descend jusque dans les planchers des cirques glaciaires. Tiens une bouteille de Ricard... heu on doit être arrivé au lac de Clote, le plus grand, à 2337 m, dans lequel on ferait bien trempette... ou alors on poserait une canne à pêche... Un isard vous croisera à deux reprises sur la crête quant aux moutons, ils seront juste en dessous, les vaches campant, elles, dans le fond de la vallée, près de l'Ariège qui marque la frontière.

Photo 4: Les deux derniers lacs avec au premier plan celui le plus à l'ouest, toujours sans nom (du moins sur les cartes IGN). Cette année si la végétation semble souffrir d'une certaine sècheresse, paradoxalement ces petit lacs semblent pleins... Je n'ai pas toujours vu ce premier aussi fringant... Au fond le col du Puymorens. Sur de nombreuses cartes, sauf celle de l'IGN, vous trouverez un deuxième petit étang directement au-dessus de celui du fond (à 2407m) sur la photo. Mais il n'existe pas. Par contre, vous y verrez peut-être des truites.

Photo 6: Depuis le dernier étang à l'ouest, on semble être très loin du Pas de la Casa et de la route nationale.

L'itinéraire du jour a donc suivi la crête frontière jusqu'à la Tose del Cap de Siscaro, à 2818m, (en fait un peu plus loin pour voir l'étang Mort) avant de revenir puis est descendu sur le petit étang de la photographie ci-dessus, avant de suivre un itinéraire à flanc, ponctué de montées et de descentes, de gispet et d'éboulis... mais sans aucune balise... Depuis l'étang de Clote, vous descendrez plus ou moins directement en diagonale dans le versant en direction des lacets de la RN20 au dessus du tunnel du Puymorens. Vous y surprendez peut-être un chevreuil qui faisait la sieste dans les bosquets de genêts et passerez dans l'unique (?) orri de ce versant en arrivant dans le secteur de la Palomera...

Merci D. pour cette belle journée.

mercredi 11 novembre 2020

Promenade en balcon dans le Val d'Inclès, en Andorre

 Les montagnes andorranes ont tellement à offrir qu'elles vous feront probablement changer l'image que vous avez de ce petit pays qu'on relègue à ses supermarchés. Le Vall d'Inclès, et ses vallées qui y débouchent, classé en réserve naturelle est parsemé de nombreux lacs : du plus grand du pays, celui de Juclar à des plus petits comme celui des salamandres. C'est le versant de ces derniers que nous sommes allés visiter. 

Photo 1 : Les lacs de la Salamandre. Au fond, la station de ski de Soldeu. Le 25/10/2020...

Photo 2 : Vue sur le vall d'Incles, en redescendant... Au fond à gauche, le pic d'Ascobes (2779m) et à droite les crêtes du pic de la Cabaneta (2818m).


Ainsi la vallée d'Inclés est protégée. Elle offre un profil en U caractéristique des vallées glaciaires. La montée du versant de sa rive droite boisée de pins débouche sur l'étage subalpin pastoral, vers 2200m d'altitude, parsemé de petits lacs que les nombreux itinéraires balisés permettent de visiter. Il y avait du monde en ce dimanche car il est facile d'y accéder depuis la vallée urbanisée. Et pour les habitants de ce petit pays, il est facile de les concevoir comme des parcs... C'est un luxe. 

Depuis le parking terminal à 1810m, il sera donc facile dans un premier temps de monter d'abord vers le port de Fontargente  (d'Incles pour les andorrans) qui marque la frontière avec la France à 2260 mètres pour admirer en contrebas, côté français, les grands étangs du même nom. En rebroussant chemin, on récupèrera la passerelle qui permet de traverser le ruisseau et d'aller vers l'étang de la cabane Sorda (2290m) et de sa cabane bien nommée. Vous n'y serez pas seuls... Mais vous comprendrez aisément qu'on ait envie de venir admirer cet étang encaissé dans ses hautes murailles qui tombent presque directement dans ses eaux. Pour d'autres ce sera aussi l'occasion de faire tamponner sa carte des refuges d'Andorre (un peu à l'image des étapes du chemin de Saint Jacques) avec les tampons à l'intérieur des refuges. En faisant une pause repas, vous observerez alors les versants alentours et ...

- Ohhh une marmotte!!!

-Où ça???

- Ah non c'est un oiseau...

Vous prendrez alors le chemin du retour par une boucle qui vous portera aux si jolis petits étangs des Salamandres (2350m) puis celui de Quérol (2300m) juste en dessous, avant de regagner par le HRP le fond de la vallée et ses champs de fauche... Tout au long de la dernière partie, la vue sera imprenable sur les massifs d'Ascobes et Siscaro, ainsi que la station de ski de Soldeu...

Vous vous direz alors à juste titre que l'Andorre n'est pas qu'une réserve de tabac et d'alcool... Vous serez peut-être tenté alors de descendre à la capitale Andorre la Vielha pour aller dans le vieux centre ville acheter un bouquin à la librairie La Puça... Vous y trouverez forcément quelque chose d'intéressant...


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samedi 15 août 2020

Le tour de l'Andorre à pied, seul, par les grands sommets (et quelques fonds de vallées...)

Caminando solo para hacer la vuelta de Andorra por los altos cumbres 

On aura tôt fait d'oublier les files de voitures qui remontent la route nationale pour aller chercher au Pas de la Casa les cigarettes et l'alcool bon marché et filer par les crêtes afin de visiter à pied ce petit pays pyrénéen (465km2) et ses magnifiques montagnes, parsemées de lacs et de sommets. Chacun pourra y construire un itinéraire à sa mesure en se basant sur le GRP (ou autres itinéraires de grande randonnée) ou le formidable réseau de petites cabanes servant de refuge financé par le gouvernement (il y en 4 qui sont en plus gardés mais je les évite comme la peste...). On adaptera la durée là aussi à chacun. Mais ce qui est sûr c'est qu'on ne sera pas déçu.

Photo 1 : Au bord de l'étang de Montmalus, un des plus grand d'Andorre avec 11,2 hectares, lors de la dernière nuit. L'étang,du nom du hameau éponyme plus bas dans la vallée à 2470m d'altitude, se situe sur le versant du Sègre et de la Cerdagne. La frontière espagnole court tout proche de la berge sud.
Photo 1 : Au bord de l'étang de Montmalus, un des plus grand d'Andorre avec 11,2 hectares (et 21 mètres de profondeur d'après https://www.lacsdespyrenees.com/vallee-Andorra.html), lors de la dernière nuit. L'étang,du nom du hameau éponyme plus bas dans la vallée à 2470m d'altitude, se situe sur le versant du Sègre et de la Cerdagne. La frontière espagnole court tout proche de la berge sud.

En ce qui me concerne, j'ai choisi de faire le tour de l'Andorre en gravissant les principaux sommets du pays. 7 sommets dépassent les 2900 m d'altitude. J'avais aussi envie de visiter quelques églises romanes du sud du pays et certaines autres vallées et lacs. Et voilà comment on peut bâtir un itinéraire. Je voulais aussi me dépenser physiquement donc certaines étapes seront plutôt longues et finalement, avec l'ascension notamment de ces 7 sommets cités ci-dessus, et d'autres, j'aurais visité le pays en 7 étapes (mais peut-être que 10, ça aurait été bien) dont voici la liste ci-dessous. Je tenais absolument à partir de L'Hospitalet près l'Andorre, en Haute-Ariège, qui n'a jamais aussi bien porté son nom, la frontière se situant à à peine 3 kilomètres et ce qui permet de ne pas oublier la fameuse soulane d'Andorre.

- étape 1 : L'Hospitalet près l'Andorre - Pic de la Cabaneta (2818m) - Incles -  Pic de la Coume de Varilhes (2759m) - Refuge de Coms de Jan.

- étape 2 : Refugi de Coms de Jan - Pic de la Serrera (2913m) - Pic de l'Estanyo (2915m) -  Refuge de Sorteny - Refuge de Rialp.

- étape 3 : Refuge de Rialp - Pic de Font blanca (2903m) - Estany Elbalcat - Station de ski d'Arcalis -        Brèche d'Arcalis - Estany de Mes amunt - Collada de Montmantell - Refuge del Pla de l'Estany.                

- étape 4 : Refuge du Pla de l'Estany - Estanyo Forcats - Pic de Medacorba (2915m)- Estanyo Forcats -  Roca Entravessada (2925m) - Pic de Coma Pedrosa (2942m) - Portella de Sanfonts - Col de la Botella - Collada de Montaner - Os de Civis (Espagne)

- étape 5 : Os de Civis - Collada de Montaner - Pic d'Enclar (2388m) - Bony de la Pica (2402m) - Aixas - La Margineda - Sant Julia de Loria - Certes - Collada de la Calilla - Refuge de Prat Primer.

- étape 6 : Refuge de Prat Primer - Refuge de Claror - Estany de la Nou - Collada de la Maiana - Refugi de Riu dels Orris - Port de Setut - Pic de Setut (2868m) - Tossa Plana de Lles (2906m) - Tossets de Vallcivera (2848m) - Pla de Vallcivera - Estanyo de Montmalus.

- étape 7 : Estanyo de Montmalus - Collada de Montmalus - Pic de Montmalus (2781m) - Pic dels  Colells (2744m) - Pic de la Portella de Joan Antoni (2776m) - Pic d'Engaït (2776m) - Pic d'Envalira  (2825m) - Pas de la Casa - L'Hospitalet près l'Andorre.

Photo 2 : Mon itinéraire...

Les principaux sommets, ceux qui dépassent 2900 mètres d'altitude, sont d'une manière générale plutôt faciles d'accès même si parfois l'ascension se fait dans un terrain d'éboulis un peu croulant qu'il faut passer en sortant des sentiers de grande randonnée ou sur des passages où l'on posera un peu les mains. La Roca Entravessada fait exception car l'ascension depuis l'estanyo Forcats emprunte un itinéraire qui si elle suit la crête dans un premier temps facile, doit passer un ressaut rocheux que je n'ai pas trouvé simple et sur quelques pas un peu engagée. Ensuite, il faut redescendre dans un terrain à isard directement sous le sommet parfois raide et un peu instable. Six de ces 7 sommets se situent dans la partie nord de l'itinéraire.

Photo 3 : L'estany Esbalcet (environ 2300m d'altitude) sur le versant de la soulane, un peu en aval de la station de ski d'Arcalis. Au fond, le versant sud-ouest du pic de Font Blanca (2903m), adossé à la frontière française, permet une ascension facile et vous donne un magnifique panorama.

Photo 4 : Le versant sud du pic de l'Estanyo (2915m) à droite qui accueille l'estany gran de la Vall del Riu (celui du fond). Notre itinéraire arrive de la droite et monte au sommet en suivant.

Photo 5 : Au fond le pic de Medecorba (en version andorrane) et ses 2914m dominent l'Estanyo Forcats. Ce pic possède la particularité d'être un tripoint c'est à dire un noeud orographique entre trois frontières de pays (France, Espagne, Andorre).

Photo 6 : La Roca Entrevessada (2925m) depuis le collado del Forat deth Malhiverna sous la Coma Pedrossa. Il faut suivre la crête qui vient de la droite jusqu'au sommet et puis redescendre tout droit dans les éboulis...

Photo 7 : La Coma Pedrossa (2943m) est à droite. Vue depuis la crête du pic del Port Vell au dessus de la station de ski d'Arinsal.

Photo 8 : Le pic de la Serrera (2913m), avec un des plus beaux panoramas de cet itinéraire car il permet à la fois d'embrasser le versant nord français jusqu'à la Montagne noire et l'ensemble de la principauté d'Andorre. Il suffit d'y monter depuis le col dels meners à plus de 2700 m (sur le GRP) et de suivre la crête. 

Photo 9 : La Tossa Plana de Lles (2908m) ou pic de la Portelleta (version andorrane) reste le seul des grands sommets placé dans la partie sud.  Le versant andorran (à gauche) est beaucoup plus accusé avec des formes glaciaires que le versant cerdan beaucoup plus doux d'où le nom du sommet. Une tossa  désigne un sommet arrondi. Lles est une commune de Cerdagne (Espagne). Sur notre itinéraire, on y accède par le col puis le pic de Setut (2858m) d'où est prise la photo, et un terrain rempli de gispet, pas toujours agréable dans un premier temps.

Ce tour de l'Andorre permet aussi d'admirer un patrimoine intéressant tant dans la moyenne montagne que plus bas dans les vallées. En reprenant ce qui est écrit dans le Guide des Pyrénées romanes de J.Vivier et S. Laplique, on peut dire, comme il est souvent dit que "l'art roman est l'art national andorran. Et, de fait, la principauté compte une cinquantaine d'églises romanes, exceptionnellement bien conservées, qui forment un ensemble unique...". "Le patrimoine andorran est particulièrement homogène : des constructions de petites dimensions et une certaine sobriété dans l'ornementation...". Ainsi la partie sud de cet itinéraire permettra de venir admirer les petites églises d'Aixas (qui n'est pas décrite dans le guide...), et de Sant Marti (adossée au rocher) et Sant Cerni au dessus de Sant Julia de Loria. Elles ont chacune leur caractère mais j'avoue avoir eu un petit faible pour celle d'Aixas perchée au-dessus de la vallée.

Photo 10 : La chapelle d'Aixas dédiée à Sain Jean l'évangéliste. Le chemin qui descend jusqu'ici depuis le Bony de la Pica (2402m) comporte des passages équipés et reste peu fréquenté en parcourant la forêt de pins noirs. Un lieu d'hébergement ici m'aurait probablement convaincu d'y passer le reste de la journée pour y faire étape.

Ma petite escapade en Espagne à Os de Civis (à 1490m) propose aussi un intérêt patrimonial intéressant avec un village qui possède des édifices médiévaux avec son église dont la première mention date de 1312. Ce qui m'intriguait c'était que ce village est périclavé c'est à dire que la partie amont de la vallée appartient à l'Andorre tout comme la partie aval. Donc on est obligé de passer par l'Andorre pour y accéder avec la route et on vous y vendra probablement des timbres andorrans... L'intérêt était aussi de dormir à l'hôtel, de manger au restaurant (de digérer ensuite par une marche nocturne dans les ruelles du village ce qu'on avait mangé, puis ensuite une bonne partie de la nuit...), de laver l'unique paire de chaussettes qui me restait (j'avais oublié l'autre à sécher au matin de la troisième étape...). La vie quoi... Parce que bon, les bouquetins, les isards, les innombrables marmottes, les renards (à queue blanche...), les espaces pour les coqs de bruyère, ça va un moment... hahaha...

Photo 11 : Au coeur du village d'Os de Civis. L'origine du nom est discutée. La terminaison en -is fréquemment retrouvée dans les toponymes pré-romans bascoïdes andorrans comme Arcalis par exemple peut faire douter d'une origine latine du nom. Pour Os, il en est de même car le linguiste catalan Joan Coromines a quant à lui évoqué une origine pré-romane bascoïde sur oe/obe (cabane de berger). Cela est à mettre en relation avec le village de Civis dans le haut Urgell (dans une vallée voisine) dont la zone d'Os de Civis était utilisée comme zone de pâture par ses habitants. Mais sa partie supérieure disputée par les habitants du village andorran de Pal a été perdue au détriment de ces derniers. D'ailleurs d'une manière générale, le tracé de la frontière andorrane découle de l'usage ancestral des pâturages de montagne et des problèmes d'attribution aux bergers des environs.

Enfin, on trouvera en altitude une multitude de vestiges pastoraux comme ceux bien conservés et mis en valeur à la station de ski d'Arcalis où ceci-dit on pourra manger une txancat excellente, mais assez longue à digérer... Préférez alors en suivant une discussion allongée dans la pelouse plutôt qu'une double ascension... Dans la vallée du Madriu, classée au patrimoine mondial de l'humanité, celle qui permet l'accès au pic de la Portelleta, ceux-ci seront mis en valeur par des panneaux informatifs qui montrent la structure globale de ces aménagements que l'on peut retrouver partout, et d'une manière générale dans les Pyrénées. Mais cela rappelle que la montagne est exploitée et humanisée depuis la nuit des temps.

Photo 12 : À la station d'Arcalis, les aménagements pastoraux mis en valeur à deux pas des installations de ski.
Enfin on pourra rappeler le nombre importants d'étendues lacustres d'origine glaciaires rencontrées sur l'itinéraire comme si cela était nécessaire... Mais il est vrai que l'eau est d'une manière générale si claire que c'est un lieu de promenade pour de nombreux visiteurs. Vous en trouverez aussi des beaucoup moins fréquentés. Ce qui aura été un plaisir tout au long de ce petit périple reste le fait qu'à chaque sommet ou incursion vers les hauteurs, on peut avoir une vue globale sur ce qu'on vient de parcourir, et sur ce qu'il nous reste à faire. Et que cette vision évolue au fur et à mesure du cheminement, comme une introspection, donnant un aspect différent à chaque lieu. Lorsqu'on traverse une île, on est toujours tenté le long du chemin, de regarder vers l'extérieur et le littoral, ici c'est donc vers l'intérieur (sans exclure de regarder au-delà des montagnes...), au contraire.

Photo 13 : L'estany de la Nou, peut être mon préféré... dans la vallée de Perafita, dans la partie sud, qu'une longue pause matinale permettra peut-être d'apprécier davantage...

Photo 14 : Sur les crêtes de la Soulane d'Andorre, vue sur le Pas de la Casa au fond et le pic Negre d'Envalira qui le domine et par lequel on passera pour la dernière étape... Cette première partie de l'Andorre est sur le versant atlantique, là aussi une vielle histoire de pâturage. Au Pas de la Casa, on pourra aller manger, sous les arcades à La Braza une pizza et regarder les photos anciennes du lieu...


Photo 15: Les étangs de Siscaro en redescendant de la crête de la Soulane d'Andorre, non loin d'Incles.


Photo 16 : Sur le chemin, en arrivant, tardivement, au refuge de Prat Primer, au dessus d'Andorre la Vielhe, après une belle montée sur les pâtures de la Soulane au dessus de Sant Julia de Loria. Il fallait bien se ravitailler au fond de la vallée (descente à 930 m d'altitude) où à l'entrée nord de la ville on trouve une station Total Bonjour, où il y a tout (les pâtes lyophilisées Galina blanca...). Même, juste avant, un magasin d'équipement de sport au cas où... et même un pont roman (qui ressemble un peu aux génois de Corse). Mais tout ce bruit dans cette vallée encaissée ça va 5 minutes...


Photo 17 : C'est difficile de se perdre honnêtement. Ici les balises du GRP en descendant vers Aixas. Si en plus vous possédiez la carte Alpina Andorra au 1/40000°. Les chemins qui y sont mentionnés en pointillés rouges sont souvent balisés d'une manière ou d'une autre...

















mardi 7 novembre 2017

De l'Hospitalet près l'Andorre au Val d'Incles en Andorre par les étangs de l'Albe et de Juclar (et le pic de Ruf 2610m).

Partir de L'Hospitalet près l'Andorre, dans l'Ariège, dernière commune à 1440m, avant le Pas de la Casa, pour aboutir au Val d'Incles à 1850m, au dessus de Soldeu, en Andorre, en passant par le col de l'Albe, voilà un itinéraire qui ravira les amateurs d'étendues lacustres. Il existe cependant plusieurs itinéraires pour ceux qui connaissent cette région pour joindre ces deux points étapes.
Photo 1 : L'étang de l'Albe, côté ariégeois, 2355m, depuis le sentier qui monte au col du même nom. La plupart des photos sont de Jean François (merci...)
Maintenant qu'à ces hautes altitudes la neige est là, on peut se souvenir de l'arrivée près des granges de la vallée andorrane à l'heure où le soleil enflamme les derniers hauts sommets, avant de se retirer subitement. Où les accueillants versants andorrans en soulane semblent s'adoucir en fin de journée. Et puis le plus vaste étang de ce petit pays des Pyrénées, celui de Juclar (21 hectares) à 2300m d'altitude, surmonté de son beau refuge.

Photo 2: Au col de l'Albe, sur la frontière...
En remontant par la vallée du Pédourrès (et l'étang du même nom), puis par celle, plus sauvage, des étangs du Couart et de l'Albe, on arrive assez facilement au col de l'Albe (2535m), en dirons nous cinq heures. On peut de là grimper rapidement au pic de Ruf (2610m), et se dire qu'on a quand même une belle vue sur l'étang de Joclar (le côté français). Après il suffit de redescendre car on sera vite sur les étang de Juclar, puis une heure de plus (et encore...) pour arriver dans cette belle vallée pastorale d'Incles. Le cheminement était balisé tout du long en rouge et blanc, classique. Je ne suis pas sûr que les abords du refuge et du lac soient si calmes l'été. Mais le fond du premier étang, découpé de petites presqu'îles granitiques au milieu d'une eau plutôt claire pourra rappeler à certains des contrées littorales plus nordiques.
Photo 3: La partie amont de l'étang primer de Juclar. le refuge est à gauche sur la photo, sur un promontoire prêt du déversoir.
Je n'écrirai pas un roman car l'ensemble ne présente pas, hormis les précautions d'usage pour la moyenne montagne pyrénéenne, de difficultés notables.

Il fallait bien un bel itinéraire pour convaincre mes amis alpins (et bretons)... même en botte, bas et jupes pour la dernière partie (mais l'habit ne fait pas le moine, et n'empêche nullement de monter à un bon rythme...). Tiens tiens, y aurait-il du génépi dans les Pyrénées ?

Il fallait bien cela pour terminer la saison.

https://www.tf1.fr/tf1/jt-13h/videos/neige-deja-de-retour-pyrenees.html


Photo 4 : L'étang du Couart, en aval de l'étang de l'Albe.


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jeudi 28 juillet 2016

La Soulane d'Andorre (et le pic de la Cabaneta 2843m), suite et fin.

Passé l'impatience de début de saison, on peut revenir en cette première semaine de juillet et voir une soulane bien verte et colorée de mille fleurs. Alors cette fois-ci on prendra le chemin des crêtes, sans aucune difficulté technique. Mais depuis l'Hospitalet près l'Andorre, à 1440m d'altitude, via le barrage du Sisca et le col des clots (2169m), on grimpera à 2843 m au pic de la Cabaneta. Pour le chemin du retour, on prolongera sur la crête jusqu'à la porteille du Siscaro, d'où on descendra à droite dans la vallée du Sisca.
Photo 1 : Le 2ème lac des Clots à 2337 mètres d'altitude (3heures de marche depuis L'Hospitalet)
Photo 2 : Le même avec le Pas de la Casa en arrière plan. Et oui, on est bien en Andorre.
Photo 3 : Depuis le Cap de la Cometa del Forn, 2691 m, vue sur le Roc Mélé, 2811m. En poursuivant sur la crête, on parvient, peu de temps après, au pic de la Cabaneta.

Photo 4 : Depuis le Pic de la Cabaneta, vue sur l'étang du Sisca, dominé par le pic de l'Albe 2764m, et le pic de Nérassol, 2633m, à droite.
A partir de l'article de M.David dans le Bulletin de la Société Ariégeoise des Arts, Lettres et Sciences (1992, Tome 47, 22p.), un petit retour sur l'histoire de ce lieu particulier nous permettra de comprendre pourquoi ce petit territoire sur le versant atlantique est finalement aujourd'hui de souveraineté andorrane. Il convient d'abord de rappeler qu'au Moyen Âge, les vallées d'Andorre étaient sous co-suzeraineté de l'Evêque d'Urgell et du Comte de Foix. Ces derniers possédaient l'entière souveraineté sur leurs propres terres. Mais où passaient la frontière? Un procès verbal connu sous le nom de Rondaire, daté de 1272, permet de délimiter les frontières de manière précise. D'autres documents du début du 14è confirmeront que la Soulane, tout comme le bassin supérieur de l'Ariège, faisait partie du Comté de Foix.
Le Comte de Foix pourra alors en tout honnêteté donner toute ou partie de la Soulane aux Hospitaliers de Saint Jérusalem qui avaient fondé l'ospital de Saint Suzanne, à l'emplacement de l'actuel village de L'Hospitalet près l'Andorre, et qui étaient les seigneurs directs de la Soulane. Ils en affermèrent au moins en partie aux paroisses andorranes mais la date reste inconnue. Jusqu'en 1646, des documents montrent bien que les hospitaliers sont bien bailleurs et non pas locataires de la Soulane. Dans le même temps, il est fort probable que les habitants de Mérens aient continué à exploiter ces pâturages car ils en avaient le droit d'usage.
Mais au tournant du 18ème siècle, suite à la décadence du grand prieuré de Toulouse qui se désintéresse des possessions pyrénéennes et à l'assiduité des andorrans à mener leurs troupeaux sans payer de redevance, une nouvelle période va s'ouvrir et voir la Soulane changer de propriétaire. En 1603, l'arrentement de Mérens et L'Hospitalet est très clair, en 1705, on ne mentionne déjà que diverses rentes à Mérens ne sachant précisément en quoi elles consistent. C'est avec la grande peste de Marseille, qui se propagea dans tout le Midi en 1721 que se précipitèrent les évènements.
Pour limiter la circulation, les andorrans firent placer la garde civile espagnole à mi-pente de la Soulane et entraîna des conflits sanglants entre les 2 parties mais on reconnut que la montagne était bel et bien française. Suite à de nouvelles rixes, les méringeois soumirent l'affaire aux tribunaux, en dernier recours devant l'intendant du Roussillon. En attendant le verdict, on interdit aux méringeois d'envoyer des bestiaux sur la Soulane et le verdict fut rendu seulement 3 ans plus tard, en 1729, et fut défavorable aux ariégeois. L'affaire avait été réunie à 2 autres affaires qui n'avaient pas forcément de rapport avec (droits d'usage et de dépaissance au col du Puymorens entre ariégeois et cerdans, et litige sur perception des droits sur du minerai de fer extrait sur le versant ariégeois du Puymorens, en fait les mines du Puymorens). Les 3 affaires firent l'objet d'un seul jugement.
Le tribunal avait fondé son jugement sur la sentence arbitrale de 1304. Mais les 2 divergeaient sur un point : la sentence fixant la frontière au ruisseau de Palmerols (censé constituer une des sources de l'Ariège) et le jugement au ruisseau de Palomera (juste après l'actuel tunnel routier, voir carte IGN). La Soulane est ainsi devenue andorrane. La suite du 18ème siècle ne sera qu'une suite de contestations et autres requêtes des méringeois mais rien n'y fera. Ce n'était probablement pas la première des préoccupations de la royauté française. En 1785, un bail mettant un terme au conflit fut signé entre les 2 parties stipulant que les andorrans acceptaient de louer la Soulane aux ariégeois tout en renonçant eux-mêmes à y envoyer les leurs. Tout le 19ème siècle sera émaillé de très nombreux incidents (non paiement des loyers, non respect des zones de dépaissance...). La dernière requête semble avoir été faite en 1899.
Le moment où cette affaire de la Soulane a atteint son paroxysme correspond aux phases de croissance démographique importantes (18ème et surtout 19ème siècle), à un moment de l'histoire où était pratiquement atteint le maximum dans les déboisements et donc la mise en pâturage des montagnes. C'est là que les conflits furent les plus violents. L'équilibre entre population et possibilités en pâturages était atteint. La perte de l'usage d'une estive restaient le plus grand malheur qui puisse arriver à ces populations pastorales. Chacune des parties saisissaient la moindre occasion pour agrandir son territoire pastoral, soit en laissant divaguer par inadvertance les troupeaux sur les pâturages du voisin ou soit en profitant d'une grave crise, comme ce fut le cas en 1721 ou 1631-2 (peste aussi). On dit qu'il ne resta plus qu'une trentaine d'habitants à Mérens...


dimanche 22 mai 2016

La soulane d'Andorre de L'Hospitalet près l'Andorre.

La soulane d'Andorre est ce grand versant qui est souvent déneigé bien avant les autres secteurs de la haute vallée de l'Ariège. Son ampleur et la précocité donc de son déneigement en ont toujours fait un terrain propice au pacage des bêtes en estive pour les éleveurs ariégeois mais aussi andorrans et cerdans. D'ailleurs paradoxalement, elle se trouve en territoire andorran alors que nous sommes sur le versant atlantique des Pyrénées et que les limites de la commune de L'Hospitalet près l'Andorre s'arrêtent à la ligne de crête (avec la vallée du Sisca) et au premier ruisseau en aval celui de Palomera.
Alors pour s'y rendre, au départ de L'Hospitalet, vous remonterez le sentier qui part vers le lac du Sisca et peu avant le barrage du Sisca, vous prendrez à gauche. Le sentier qui vous portera sur la ligne de crête au col des Clots, est indiqué par une pancarte et balisé. Pour le retour, soit on prend le même itinéraire, soit on descend dans la vallée de l'Ariège pour rejoindre la nationale (mais à partir de là, on marche au bord de la route sur un kilomètre pas forcément très agréable). Avant la construction du tunnel, qui occupe de manière peu écologique tout le lit de la rivière, il y avait une petite piste qui longeait la nationale, avec une ancienne cabane et plein de framboisiers.
Photo 1 : Depuis le petit étang sans nom à 2407 m sous le Cap de la Cometa del Forn (2691m). On peut apercevoir au fond, au bout de la route nationale, l'horrible urbanisation du Pas de la Casa. La ligne de crête du fond culmine à plus de 2800 mètres d'altitude. Grâce à son exposition, la Soulane est accessible 15 jours avant les montagnes environnantes, les herbages en sont d'autres part excellents : "Il n'existe pas de meilleure, ni de plus salutaire dépaissance, écrit en 1811, un inspecteur des forêts. Les bestiaux de toute espèce, en quelque mauvais état qu'on les y envoie, sont parfaitement rétablis dans une quinzaine." La Soulane faisait partie de tout un circuit qu'empruntaient les troupeaux pendant la saison d'estive, car il fallait gérer les ressources en herbes.
Ceux qui montent par la nationale au Pas de Casa chercher leur pastis ne pourront pas rater la vue sur la totalité de ce versant. Les 4 petits étangs qui s'y nichent ne sont pas très visibles. Mais une petite montée par la vallée du Sisca  et le col des clots permet ensuite de suivre un chemin balisé (rouge/blanc) qui serpente à mi-versant jusqu'e... Je ne sais pas où il s'arrête, probablement au col Dret dans la direction de Soldeu. L'histoire pastorale mouvementée ne transparait pas forcement dans l'aspect plutôt débonnaire qui le caractérise, du bas de la vallée jusqu'aux sommets du pic de la Cabaneta, à plus de 2800 mètres d'altitude. Pour visiter les petits étangs, il faudra laisser le sentier balisé et remonter la pente. Voilà, si n'était le bruit de la nationale en contre-bas, vous ne rencontreriez pas grand monde dans les parages. En ce jour du 15 mai, je ne suis pas allé voir le 4ème lac, le plus haut, car seul le premier était déneigé. La végétation n'est pas encore sortie à ces altitude alors il faudrait revenir début juin.
Photo 2:  Le lac à 2407m d'altitude.
Photo 3 : En redescendant, le long de l'Ariège.