On enchaîne mais cette fois-ci, je me laisse guider, entièrement, et avec plaisir... Je ne connais pas l'endroit mais le Pech (pic en occitan?) de Bugarach, point culminant du massif des Corbières (Est-ce vraiment les Pyrénées?), ne fera pas démentir sa renommée. C'est un sommet à éviter l'été comme on évite la fournaise et qui semble parfait pour l'arrière-saison.
Il se voit de loin, au-dessus du village du même nom, et se détache. Le relief autour est dégagé, moins haut, à l'allure collinéenne plus que montagnarde. La végétation est du genre méditerranéenne avec davantage de chênes.
Nous ferons l'ascension par le versant sud car mon guide cherche la difficulté (l'éloignant d'un revers de la main...).
- Dis-donc... je me laisse guider, d'accord? Je n'ai pas regardé la carte avant de partir.
- Ne t'inquiètes pas, je retrouverai l'itinéraire.
- Et comment vas-tu faire?
- J'ai un appareil photo dans mes yeux. J'ai tout mémorisé.
- Tu n'as pas de cartes?
- Ni routière, ni topographique!!!
Photo 1 : Tout droit ou à gauche?
On laisse la voiture sur le bas-côté de la route D45, peu après la bergerie de Malquier, puis un ruisseau et de là, commence le sentier qui nous mènera au sommet.
Le dénivelé total est légèrement supérieur à 600 mètres (nous avons mis environ une heure trente) et la pente très vite assez raide. La première partie se déroule en partie en forêt, en partie sur terrain dégagé car l'activité agricole était bien présente il y a peu... A mi-pente, à l'approche des falaises calcaires, le cheminement se relève, le sentier devient rocailleux et lisse parfois. Le premier objectif est en vue.
Photo 2 : Le Pech est réputé pour: a) ses phénomènes paranormaux. b) aurait inspiré le film "Rencontre du 3ème type". c) sa couche géologique supérieure plus dure, pardon plus vieille, que l'inférieure.
Et il faut bien reconnaître que si de loin, ça n'apparaît pas impressionnant, ce n'est plus la même chose quand on y est, proche, et que l'on regarde à travers... Cela aurait même une touche sensuelle.
Photo 3 : La fenêtre, percée dans la parois, vers 1000 mètres d'altitude, sur l'itinéraire sud.
Nous avons posé parfois les mains, le regard portant vers des versants plus abrupts où le vide approchait. La marche est devenue plus sportive autour de la zone de la fenêtre. Puis, passé cette crête, le sentier se fait plus doux et nous porte vers le sommet sans difficulté, dans une ambiance cette fois-ci plus montagnarde, plein vent. Tout va bien.
Photo 4: Tout va bien, là-haut. Au loin, la mer Méditerranée et la plaine du Roussillon.
Une fois de plus, le panorama est vaste, sur toute la partie est des Pyrénées. On devine au loin sous les nuages, la mer Méditerranée et la côte vermeille, puis se succédant, le massif des Albères, celui du Canigou (on est bien placé pour l'observer), le Madres, les confins de la Haute-Ariège, de l'Aude et des Pyrénées-orientales. Et au fond, le massif du Saint-Barthélémy et le Mont Fourcat où j'étais la veille. Dans le dos, la Montagne Noire et les nuages font écran au reste des premiers massifs du Massif central.
Photo 5 : Vue imprenable sur la massif du Canigou (2785 m) et les Albères à gauche.
Ce sommet fait partie de tous ces points qui permettent, un peu au nord de la zone axiale, de bénéficier d'un panorama exceptionnel sur le massif pyrénéen, comme le Cagire ou autres... Je m'en doutais mais la réalité est toujours plus belle et je ne m'en lasse pas. Bien sûr, nous n'étions pas les seuls à penser que la réalité est plus belle alors il y avait foule au sommet. Nous ne nous y sommes pas éternisés, avalant la descente en moins d'une heure comme des skieurs, par le même chemin, ou presque. On peut toutefois faire la traversée et redescendre vers le col de Linas.
Photo 6 : Une dernière vue sur le Pech en partant. Le village de Bugarach est au pied et notre itinéraire, empruntant la face sud est par la droite.
Vous avez envie de prendre l'air en montagne par une belle journée sans trop faire de kilomètres depuis Toulouse, ni d'heures de marche. Mais vous avez quand même un minimum d'exigence : il vous faut un beau panorama! Le Mont Fourcat, à 2001 mètres d'altitude, dans l'Ariège, est la destination parfaite. En arrivant à Foix, on peut le voir, vers le sud, triangulaire et majestueux. (Effectivement, ça fait un peu pub...)
- Sylvain, ça fait combien de temps qu'on est parti?
- Peut-être une heure quinze, avec l'autoroute.
- On arrive, tu peux te garer là.
- C'est allé vite. La dernière étape depuis Mercus pour arriver à Croquié puis au parking était un peu sinueuse mais bon.
- Dommage que le tramway n'arrive pas jusqu'ici.
On laisse la voiture au col de Traucadou, à 1253 mètres d'altitude. L'ambiance, après la sortie de la forêt, sera pastorale. Le chemin, d'abord piste dans la forêt, drapée en partie de sa parure automnale, mais aussi de vert vêtue (et oui, il y a quand même des conifères), suit la crête, large, sans plus la quitter. La pente n'est pas raide. On dépasse un petit orry qui aurait du mal à servir d'abris à plusieurs personnes à la fois en cas d'orage. La vallée de l'Ariège à l'ouest se fait plus petite. La largeur du panorama vers le couchant, s'élargit à l'est, vers le levant, après le Pic de Lauzate (1800 mètres), simple proéminence, au croisement de deux crêtes. Ce dernier n'est pas loin mais nous avons du mal à le distinguer, tant la crête semble plate et facile. (Photo 1 ci-dessous)
Finalement, nous sommes arrivés à une cabane pastorale, abritée sur le début du versant est, mais qui est fermée. Elle aurait pourtant pu offrir un bel abri mais des abrutis ont forcé le berger à prendre une décision dommageable pour tous: la partie randonneur est elle aussi fermée. C'est une dame qui nous l'a dit, au retour.
- Monsieur, c'est le pic du Midi qu'on voit là-bas?
- En effet, c'est bien le pic du Midi de Bigorre.
- Ah, j'en étais pas sûre...
- Mais dites-moi. Vous vous promenez toute seule dans la montagne?
- Et oui, j'ai l'habitude. Mon mari est à la chasse avec mon fils.
Le sommet est tout près. Les presque 800 mètres de dénivelé auront été gravis en à peine une heure trente. La descente se fera en moins d'une heure. Il fait bon. Je suis resté en tee-shirt pour déguster mon petit repas. Nous nous sommes installés un peu à l'écart, dans la mesure du possible. Il y avait un peu de monde mais les gens semblaient contents. Forcément, nous n'étions pas les seuls à connaître l'endroit et à profiter des derniers jours à une altitude aussi élevée en cette saison. Il y avait aussi le cadavre d'un cheval qui reposait là, les os et la peau seulement. Nous nous demandons encore ce qui a bien pu lui arriver et nous n'avons même pas pensé à le demander à la dame rencontrée à la cabane et pourtant elle paraissait au courant de beaucoup de choses dans le coin.
Photo 2 : Quand je vous disais que l'ambiance était pastorale.
C'est peu original de clamer la beauté du panorama mais le 360° ici doit être un des plus intéressant des Pyrénées. Une tâche blanchâtre au nord, au bout de la vallée de l'Ariège, c'est Toulouse. Un promontoire à l'aspect montagnard qui se détache à l'est, et je voie le Pech de Bugarach. Les montagnes du Comminges et le pic du Midi nous saluent à l'ouest. Toute la barrière de la Haute-Ariège, de blanc vêtue, est au complet, au sud, avec le Montcalm et ses trois milles mètres, qui trône au milieu. (Photo 3 ci-dessous)
Enfin, on terminera par un gros plan sur la station de ski des Monts d'Olmes que l'on surplombe directement et le massif du Saint Barthélémy qui est le prolongement de notre ligne de crête et qui nous fait du pied. (Photo 4, ci-dessous, Le Saint-Barthélémy n'est pas le plus haut, au centre, malgré les apparences.)
J'aime ces montagnes, moyennes en altitude car elles nous permettent de voir le haut et le bas de ce milieu dans sa diversité, sans se sentir plus fort que tout le monde et sans être frustré de rester en bas, et d'être par conséquent au contact de tout. Pour ceux qui le voudraient, peut-être un peu de lecture au sommet. Alors Elisée Reclus, Histoire d'une montagne. Peut-être...
Photo 5 : Sur la route du retour, en dessous de Croquié.
Comme nous n'avions pas assez marché pour aller au volcan (!!!), nous nous sommes ajoutés le dernier jour, le jeudi 28, une très belle balade sur la côte nord, à une grosse heure de bus de Santa Cruz.
Nous avons choisi l'itinéraire grâce à la carte Freytag & Berndt achetée plus tôt à Santa Cruz et sur laquelle étaient indiquées les différentes possibilités, sans trop honnêtement savoir à quoi s'en tenir même si j'avais vu quelques photos sur divers bouquins (voir aussi Trekking en Afrique, mentionné l'autre jour). Ceci dit, on avait bien compris que la côte nord était plus humide (tout est relatif) que la côte sud et donc, le paysage serait forcément assez différent, étant donné ce que nous avions vu dans les environs de Puerto de la Cruz. Alors donc, nous avons pris le bus, via San Cristobal de la Laguna, classée au patrimoine de l'Humanité, dont le quadrillage a servi de modèle aux villes d'Amérique. Nous ne verrons que la station de bus et quelques belles demeures sur le passage. A onze heures, après un itinéraire des plus sinueux, sur la crête entre deux versants verdoyants mais abrupts, avec vue sur les deux côtes, nous sommes descendus à El Bailadero, vers 750 mètres d'altitude.
Photo 1 : Au dernier plan, on peut apercevoir le port de Santa Cruz, mais c'était pas l'objectif. Prise depuis la route avant de prendre le sentier. (Photo de Claire, qu'on peut agrandir, comme toutes les autres, en cliquant dessus.)
Nous avons commencé là notre itinéraire pédestre, d'abord le long de la route pour gagner un sentier au bout d'un kilomètre. La route est bordée de falaises, le long d'une forêt d'arbustes géants qui nous faisaient penser à de la bruyère, parsemée de plantes grasses, que je ne croyais pouvoir exister qu'en pot et en version rabougrie dans le jardin de mes parents.
Photo 2 : Claire est toujours inspirée par la chlorophylle (moi aussi). Alors on va passer du temps à les regarder le long de la route.
Il est indiqué dans les guides et diverses brochures que cette partie de la côte héberge une des dernières forêts primitives. Nous n'avons pas pu savoir si c'était celle que nous traversions mais par endroit, la pente aidant, elle paraissait inextricable. Ajoutez à cela un panorama, depuis la route, à couper le souffle, sur les deux versants et les côtes découpées, abruptes mais jalonnées de belles plages de sable noir, d'eau transparente et de villages blancs. Inutile de vous dire qu'il faisait beau?
Le cheminement se poursuit par le sentier le long de la crête, quelque peu filou au préalable, mais presque parallèle à la route, et qu'on retrouve de manière claire et balisée après un refuge (en fait une cavité creusée dans la roche), et un petit parking un peu plus loin. Nous nous ferons souvent dépasser par des voitures de location pour touristes.
Une fois sur le chemin, nous ne le quitterons plus jusqu'au hameau de Benijo, tout en bas, sur un promontoire rocheux, dominant la Roque de la Rapadura et sa belle plage, dont le bleu de l'eau nous attirera irrésistiblement. La chaleur, qui sur terrain dégagé nous est apparue insupportable, ne nous atteint pas tant que le couvert forestier nous protège, jusqu'à une altitude de 500 mètres. De temps en temps, une trouée dans la canopée nous permet d'admirer le panorama. Nous en avons profité pour faire une pause repas et repartir tranquillement jusqu'au prochain point de vue, après la Cabeza del Tejo.
Photo 3 : Deux possibilités pour cet énergumène devant le paysage, au-dessus d'Almaciga:a- ouaihhh, c'est beau.b- dis-donc, ça ne fait pas trois jours que tu portes la même tenue? (photo de Claire, forcément!)
Toute la partie nord de l'île (les montagnes de l'Agana) est parsemée de sentiers balisés et quand l'hiver est trop agressif chez nous, ça peut paraître une bonne opportunité d'y venir. D'ici, le volcan du Teide n'est pas toujours visible et quand il apparaît, c'est la cerise sur la gâteau. En plus, pour notre itinéraire, le dénivelé n'est que descente (pratiquement) ou plat... Alors, vraiment, c'était facile. Je ne mentionnerai même pas le nombre d'heures nécessaires.
A l'arrivée au village, nous nous sommes précipités dans un café avec vue sur la plage en contre-bas, pour nous désaltérer, à un prix dérisoire, vraiment dérisoire et avec la gentillesse en plus, comme toujours pour nous à Ténérife. Ensuite la plage, avec une ambiance un peu surfeuse, donc je dirais proche de la nature: tellement proche que certains sont à poil, pâles comme de l'aspirine (j'ai gardé mon slip blanc Isabelle...), d'autres avec leur combinaison pour affronter le plus longtemps possible les belles vagues, un groupe avec leur chien.
Il y a un peu de monde mais un esprit de tolérance, de liberté et de tranquillité semble souffler jusqu'ici ici. J'observe, un peu à l'écart, la faune canine qui s'ébroue au milieu de ces congénères humains, remuant la queue, venant à l'un, puis à l'autre pour s'immobiliser face à des individus particulièrement respectueux des bêtes, à deux mètres des propriétaires, "funs" dans leurs combinaisons.
- Regarde, regarde... (avec l'intensité croissante dans la voix de ceux qui sont en train d'observer un phénomène exceptionnel et soudain)
- Quoi encore? Laisse-moi prendre des photos de cailloux...
- Mais regarde...(hystérique)
- ...
- Il leur chie devant...c'est énorme!
Mais ici, les amis des bêtes sont légions et dans un respect immense, le produit reste là. Personne ne bronche...
Photo 4 : Ah t'es beau avec ton maillot, là-bas! (photo de Claire)
L'eau est bonne. On est restés plus d'une heure puis on est repartis, à pied, sans trop se presser, vers le hameau et Almaciga,le village suivant, pour reprendre le bus de 18h10 qui nous ramènera, pour un euro trente, vers Santa Cruz. Le village, terminus de la ligne bus, est lui aussi sur un promontoire qui domine la playa de Benijo, emplie de surfeurs. Les montagnes qui tombent dans l'océan, par des versants abrupts de plusieurs centaines de mètres, dont certaines parties sont encore exploitées et apportent une touche de vert cru dans le paysage, sont impressionnantes en cette fin de journée.
Photo 5 : Dans le village d'Almaciga.
J'en profite pour me promener dans les ruelles du petit village, me grisant de portes colorées sur fond blanc. La vue sur le village de Taganana, dernier village sur ce littoral, depuis le bus, me restera longtemps en tête. Là, pas de photos, vous n'avez qu'à y aller!
On ne se rend pas au Pico de Teide, aux Canaries depuis Toulouse, comme on peut le faire pour une ascension pyrénéenne, forcément. On ne fait pas l'ascension d'une montagne même avec une telle personnalité sans occulter l'environnement et le pays qui l'entourent, là aussi, évidemment. En tout cas pour nous. J'y ai été d'autant plus sensible que nous avions tous les deux l'image d'une île de Tenerife (Toponyme d'origine amazighe -dans cette langue berbère, Tin Irifi signifie « endroit de la soif »-), obnubilée par le tourisme de masse, ne sachant pas trop à quoi nous attendre. Ce dernier est bien présent mais c'est à chacun de s'en accommoder et surtout de l'éviter. Ce que nous avons fait.
pour se mettre dans l'ambiance ibérique, à l'aéroport de Gerone, en Catalogne espagnole, pour s'envoler avec Ryanair. Visite nocturne dans cette ville, de l'étonnant (pour les incultes comme moi) vieux centre (Barri Vell) et sa place harmonieuse devant la cathédrale Santa Maria.
Le volcan est déjà là, au bout de trois heures, depuis le hublot, chaperonnant de sa masse toute l'île. Nous atterrissons sur l'aéroport sud de l'île, après le retentissement du coup de clairon, dans la cabine (oléee...). Situé à environ une heure de bus (6 euros et quelques et un bus toutes les demi-heures) de la capitale provinciale, nous nous rendons à Santa Cruz de Tenerife pour passer la première nuit avant d'envisager le volcan (point culminant de l'Espagne, tout de même!).
L'arrivée dans l'île puis la ville me fait penser immédiatement à l'Andalousie, avec les maisons blanches ou colorées, la lumière quelque peu aveuglante. L'accent des habitants, qui semble avaler les syllabes finales, lorsqu'on se précipite au marché de Nuestra Siñora de Africa, pour manger des empanadas, me conforte dans cette impression, même si mon niveau d'espagnol ne me permet pas encore toujours de nuancer réellement.
Photo 1 : Au fond, l'église Nuestra Siñora de Africa, en plein milieu de la profusion de fruits tropicaux du marché. Taganana est située derrière l'ultime ligne de crête.
Pour ne rien oublier, j'ai englouti aussi une pâtisserie, dénommée Tocino de cielo, bien sucrée avec sa couche supérieure à base d'oeuf, ressemblant au dessus d'une crème brûlée, mais molle, avec sa madeleine en-dessous. Cela m'a fait penser à une pâtisserie dégustée il y a quelques années à Malaga.
Photo 2 : Le choix pour les empanadas: poulet pour Claire et viande pour moi.
Et pourtant, les formes de reliefs très découpées, en fines crêtes, sur une partie, en arrière plan de la ville, le substrat volcanique, de couleur noire qui se retrouve jusque dans les matériaux utilisés pour la construction des bâtiments, nous rappellent qu'effectivement l'Espagne continentale est assez loin. Le continent africain, à à peine plus de cent kilomètres à l'est est moins éloignée. Il évoque aussi l'île de la Réunion. Pourtant...pourtant. Tout n'est pas perceptible de prime abord.
Nous filons alors poser nos affaires, à la pension Casa Blanca, calle Vieja y Clavijo, dans le centre, où j'avais réservé quelques jours plus tôt. L'accueil quelque peu nonchalant du patron, me rappelle l'attitude de certains caribéens. J'adopte donc ma tactique habituelle sans me forcer, ni me démonter : je souris et je fais ce que je veux dans le respect et la discrétion, naturellement de tout façon. Bien sûr ça marche. La gentillesse des gens est de toute façon évidente. Donc, je me sens à l'aise tout de suite... Nous sommes en voyage et pas là pour stresser...
Photo 3 : On ne stressera pas à la pension Casablanca.
L'après-midi nous emporte dans le centre ville, vers la place d'Espagne, descendant directement par les petites rues piétonnes, traversant l'itinéraire de la ligne de tramway (eh oui) qui relie le bas (le centre de l'activité de la ville) et le haut, plus résidentiel. Il fait faim mais les boutiques diverses nous retiennent un peu de temps au passage, histoire d'hésiter devant un tee-shirt, copie d'un maillot de l'équipe de foot-ball des Pays-bas à l'effigie du célèbre numéro dix, "Van Aperder". Enfin, nous trouvons ce qui nous convient. Claire veut manger équilibré sans déroger à la culture gastronomique locale, alors :
- Una tortillita, señora?
- Heuu, si, si...
Et voilà, une tortilla pour vingt...!!!
L'ensemble du centre de la ville est parsemé de parcs, plus ou moins grands, que nous découvrirons au fur et à mesure. Les rues sont ombragées par des rangées... mais non... Je ne rêve pas! des flamboyants (enfin, je ne crois pas mais ça y ressemble fortement) dont il ne reste que quelques fleurs car ce n'est plus la saison. Mais cela ajoute à la confusion des sens. Des neiges saisonnières du pico de Teide, on passe à la végétation de type tropical. Sous quel climat sommes-nous?
Photo 4 : Oui, je vous le demande: sous quel climat sommes-nous? Il faisait bien bon. On n'a pas eu l'impression que les gens se couchaient tard. Mais c'était appréciable de voir des réunions de mamies sur les terrasses ou les bancs publics en soirée. (photo de Claire)
Nous passons un moment à chercher une librairie qui propose des livres en français. Ainsi, j'ai le temps de regarder les livres sur l'archipel et en même temps de le découvrir davantage dans la première qu'on nous indique, La Isla, où le dernier jour je craquerai pour un beau livre plein d'images et surtout un Gran atlas tematico de Canarias! Le maillage serré des librairies du centre nous pousse vers une librairie des femmes (c'est le nom en espagnol), une librairie Le petit coq (en français, mais pour enfants...), une autre où j'achète une carte au cinquante millièmes pour enfin trouver celle qui nous convient, calle Porlier.
Entre temps, nous serons allés visiter l'église de la Conception, de style baroque et toscan, au plafond de bois, construite en roche volcanique, puis crépie de blanc, le long de la rivière asséchée descendant des collines. Se situant sur le site du premier édifice construit par les conquistadors, au milieu d'un quartier ancien aux maisons colorées, l'ambiance en cette après-midi est ...comment dire, spirituelle, culturelle! Mince, en ce lundi, c'était la fermeture hebdomadaire des musées. Pas de chance. Vous nous croyez?
Photo 5 : Au fond, à droite, l'église de la Conception.
Mais il fait chaud et on a soif. Nous résistons à l'envie de nous arrêter dans le pub irlandais de la place voisine pour remonter vers le haut de la ville et nous contenter d'acheter une bouteille d'eau dans un petit supermarché. La mondialisation ne nous a pas influencés... Un petit regard dans le magasin de souvenirs voisin : Claire est tentée par un magnifique volcan en plastique noir, kitchissime, à trois euros... Non c'est pas vrai.
Le bas de la ville est quelque peu décevant car il est coupé de l'océan par le port, vaste, qui bouche l'horizon et le boulevard urbain qui le longe. Du coup, on ne trouve pas de grandeur dans l'alignement d'immeubles résidentiels et des bâtiments officiels qui sont là. C'est dommage, car il y a un bassin avec des murs de verdure. Et en cette fin d'après-midi, l'animation monte doucement avec la réouverture de la plupart des magasins. La mairie semble avoir compris. Des panneaux indiquent un projet de réappropriation piétonnière des lieux par des sortes de tunnels pour les voies de circulation automobile. Cela n'empêche néanmoins pas les joggers de s'enflammer à la vue des crêtes découpées et déchiquetées au nord, vers San Andres.
Photo 6 : La façade portuaire de la ville et les ferries prêts à partir vers les autres îles et surtout vers las Palmas sur Grand Canaria.
Finalement, après cette après-midi bien dense, nous échouons au café atlantico, devant le bassin aménagé, entre l'Alameda Duque Santa Elena et la place d'Espagne. C'est un lieu de rendez-vous agréable, lieu de passage important : ce qui me permet, non de regarder les jolies passantes, mais un magnifique dégradé de lévriers marrons, tenus en laisse par leur propriétaire. Puisque on est là en voyage, il faut en profiter pour déguster la gastronomie locale et donc en guise d'apéro un petit vino tinto, accompagnant un plat de papas arrugadas con mojo (c'est la sauce, huile d'olive, piments, cumin, aïl.... aïe, aïe, aïe, c'est délicieux).
Photo 7 : Tout ça pour dire que Claire est aussi patiente car je l'ai traînée ici tous les jours passés à Santa Cruz. Et tous les jours, on a commandé les papas (et non patatas) arrugadas con mojo. Et, comme on peut le comprendre légitimement, je pense qu'elle s'est un peu lassée des pommes de terres... La Dorada est la bière locale. Devinez où j'étais assis?
Nous sommes pleins (l'estomac, je veux dire), et nous pouvons donc aller manger! Voilà, je ne vais pas vous faire croire que Santa Cruz est la plus belle ville du monde. Mais on s'y est sentis à l'aise. Et de voir des choses aussi jolies et intéressantes, de fréquenter certains mêmes lieux, certains mêmes serveurs (...) nous ont donné l'impression de vivre un moment familier. Et pour ça aussi c'était bien.