jeudi 29 juin 2023

Le pic du Taillon (3145m) depuis le col de Tentes par la brèche de Roland.

     Dans les Hautes-Pyrénées, au dessus de Gavarnie, depuis le col des Tentes (2208m) où on laissera la voiture, l'ascension du pic du Taillon (3144m) par le refuge des Sarradets et la brèche de Roland est un des grands classiques du pyrénéisme et l'itinéraire, au coeur du Parc National des Pyrénées Occidentales, bien qu'en haute montagne, reste l'un des plus accessibles dans la catégorie et l'un des plus faciles. Si l'on y ajoute la beauté des panoramas et le passage par la toujours grandiose brèche de Roland (2807m), on comprendra très rapidement qu'on ne sera pas seul là-haut... Luis Alejos dans le Pyrénées, Guide des 3000m, annonce 3h30 de montée.

Photo 1: En route vers le col de Boucharo, depuis le col de Tentes. Face à nous en panoramique, le pic du Taillon et à droite le pic de Gabiétou oriental (3031m) et entre les deux le glacier des Gabiétous lui aussi en recul. (Photo Catherine)

    Le cheminement suit d'abord l'ancienne route qui partait au col de Boucharo sur la frontière franco-espagnole avant de prendre, une fois arrivé au col, le sentier qui sur la gauche passe à flanc sous la face nord du pic du Taillon et qui en montant progressivement traverse le ruisseau du-dit pic avant d'arriver après une succession de lacets vers le refuge. Juste avant celui-ci, au col des Sarradets (2584m) se trouve un des premiers beaux points de vue. Il parcourt en effet le haut du cirque de Gavarnie avec sa fameuse cascade et l'amphithéâtre qui le compose couronné de la kyrielle de sommets de plus de 3000 mètres qui aboutit au pic de Marboré (3248m) plein est, en formant ainsi comme une vaste muraille. De l'autre côté, vers le sud-ouest, le pic de Taillon et le doigt de la fausse brèche dominent alors le petit glacier du Taillon, qui se réduit de plus en plus. Enfin, vers le sud, on aura la première vision de cette brèche de Roland si attendue, au-dessus du refuge du même nom. À partir de là, le sentier monte directement et de manière assez pentue sur les matériaux morainiques qui aboutissent au premier gradin de l'amphithéâtre au pied de la brèche. Pour arriver jusqu'à celle-ci, sur l'ancien glacier, nous aurons cette fois-ci chaussé les crampons, pour ne pas prendre de risques. Mais la première partie de l'ascension s'est faite dans les débris morainiques, puisque la neige a déjà fondu. Une fois la brèche franchie, il suffit de prendre à droite en direction de l'ouest en suivant la base de la muraille par où passe le sentier et qui se poursuit en dépassant le fameux doigt de la fausse brèche après la pointe Bazillac (2973m) pour monter à l'assaut facilement du sommet. Lorsque vous dépasserez les 3000, ce sera inscrit sur une roche au sol sur le sentier. Ce passage entre la pointe Bazillac et le début de l'ascension finale permet d'avoir un nouveau regard, plus aérien, sur le glacier du Taillon en contre-bas.

Photo 2 : À l'approche de la célèbre brèche... qui joue le rôle d'un col de montagne.

    Un des intérêts de cet itinéraire est d'aller observer le recul des glaciers, pour ceux qui parcourent régulièrement depuis des années ces espaces. Le livre Glaciers des Pyrénées, le réchauffement climatique en images de Pierre René aux éditions Cairn, vous en donnera un bon aperçu. En effet, il a été édité en 2013 et déjà sur ce laps de temps, depuis, on peut observer la différence entre ce que l'on constate sur le terrain et les photos les plus récentes du livre. On peut y ajouter un passage du texte concernant le glacier du Taillon, aujourd'hui modeste : 

    "À cause de sa taille importante (35 hectares dans les années 1900, et encore une vingtaine en 1970), et sans doute aussi pour son accès facile et rapide, ce glacier a attiré à lui de nombreux observateurs, notamment l'abbé Gaurier, l'Administration des eaux et forêts et le groupe d'étude des glaciers pyrénéens". Grâce à eux, nous disposons de nombreuses archives (descriptions, cartes topographiques, photographies...)

    En 1850, il prenait naissance au niveau de la Fausse Brèche, à 2900 mètres d'altitude, et descendait jusqu'à 2360 mètres. Il s'étendait sur plus d'un kilomètre de long. Traces de cette époque, les deux moraines latérales du petit âge glaciaire qui sont bien conservées en contrebas du verrou. Le col des Sarradets a été exhaussé par l'accumulation de débris. Il s'agit d'un lambeau de moraine latérale de la rive droite. (...) Depuis 1850, le glacier du Taillon a perdu 70% de sa surface et plus de la moitié de sa longueur. Aujourd'hui, morcelé et de petite taille, il n'est plus que succinctement étudié.

    Pour les randonneurs se rendant à la célèbre brèche de Roland, un petit détour par ce glacier demeure riche en découvertes. Des marques de peintures signalent les positions anciennes du front. On peut y voir aussi des petits bassins d'eau, des roches moutonnées et striées - traces de son activité érosive -, des accumulations de farine glaciaire (roche réduite en poussière par l'action glaciaire), des cavités sous-glaciaires, des bédières (filets d'eau sculptant la surface du glacier)." 

Photo 3: Le glacier du Taillon au fond du cirque. La Fausse Brèche sur la crête à gauche du doigt. Le pic du Taillon à droite.

        Un des autres points d'intérêt reste, comme souvent pour les hauts massifs, les magnifiques panoramas. Mais ici dès le départ on sera servi avec la magnifique face nord du Taillon qui s'oppose sur l'autre versant de la vallée à la route du col de Boucharo. À l'aube, puis au petit matin, l'explosion des couleurs avec le vert des pelouses alpines face aux couleurs plus froides de la haute montagne, et les teintes chaudes du soleil se laisse observer. D'ailleurs, le Conseil départemental des Hautes Pyrénées ne s'y est pas trompé en aménagement une partie de l'ancienne route en piste goudronnée accessible aux personnes handicapées sur une longueur de 800 mètres. Voilà me semble-t-il un aménagement intelligent. Le passage de la Brèche offre aussi un spectaculaire contraste entre le versant nord plus arrosé et celui du sud, plus aride, ouvert sur le piémont et dont la vallée profonde du canyon d'Ordesa est bien visible. Enfin, bien sûr depuis le sommet, la vue sur les principaux massifs depuis la Munia, le pic Long au Vignemale et aux pics d'Enfer est possible en y ajoutant les massifs plus périphériques comme le pic du Midi de Bigorre. Les principaux sommets du massif de Gavarnie-Mont Perdu sont bien visibles.

Photo 4: Juste avant le fameux refuge ... Premier refuge moderne édifié dans les Pyrénées après la Seconde Guerre mondiale, il fut inauguré en 1956 par Maurice Herzog, le co-vainqueur de l'Annapurna et président à l'époque du CAF, et sa capacité est de 90 places.

 Voilà en tout cas, un parcours où j'apprécie de revenir de temps en temps, et d''amener aussi des personnes qui ne connaissent pas ou peu les Pyrénées... Ce pourrait être une belle initiation...

dimanche 7 mai 2023

Dans les Vosges, pour aller à l'Altenberg (1197m) en passant par le lac des Corbeaux et en revenant par la tourbière de Machais

 Pour une première dans les Vosges, il faut avouer que ce fut dépaysant. Dans la haute vallée de la Bresse, l'itinéraire nous a porté dans une succession de cirques glaciaires adossés au versant nord d'une longue ligne de crête qui courait de la petite ville martyr de La Bresse jusqu'à rejoindre les confins du Hohneck deuxième sommet du massif à 1363 mètres d'altitude, bien visible sur une bonne partie de l'itinéraire. Cette succession de cirques héritée des périodes de glaciation du quaternaire est aujourd'hui complètement colonisée par la forêt, ce qui donne à ces lacs qui s'y blottissent un environnement forestier assez exotique pour un pyrénéen et beau car en plus, en ce début de printemps, les dégradés de vert, entre les épineux et les feuillus pas encore à maturité et vert clair teintent et illuminent les versants, au-dessus du fond de vallée assez urbanisé de la Vologne qui comme son nom ne l'indique pas accueille la rivière la Moselotte.

Photo 1: Le lac des corbeaux (887m), et ses 28 mètres de profondeur, vu du promontoire de la roche du lac juste au dessus au sud. Le versant opposé, au nord, entièrement boisé et exposé au sud donc culmine à environ 1150 mètres d'altitude.

    Le départ du fond de la vallée à proximité du pont de Bramont (au départ de la route qui serpente jusqu'au col du même nom) suit d'abord une piste qui nous mènera vers le petit étang de Sèchemer, lui aussi dans la forêt, et qui se poursuit vers le fameux lac des corbeaux, premier objectif de la visite. L'endroit est assez fréquenté car une route y mène également (ainsi que vers son auberge...), laissant les marcheurs qui du parking peuvent faire le tour du lac rapidement et sans problème par une piste. On choisira ensuite de grimper au collet Mansuy à 1049 mètres d'altitude. De là, toujours par des chemins balisés, on rejoindra le fameux point de vue sus-mentionné sur la photo, puis par une piste forestière le col de la vierge et le refuge de l'Union. Toute la signalétique des balisages des sentiers de randonnée est gérée par l'emblématique Club Vosgien qui en a le monopole depuis 1921et il faut reconnaitre qu'il apparaît difficile de se perdre (ça n'engage que moi). Les figurés (par exemple losange vert pour les circuits interdépartementaux) apparaissant sur les endroits stratégiques du cheminement sont fidèlement retranscris sur la carte IGN du secteur (que je ne saurais que conseiller de se procurer... comme toujours...). Sont également bien présentes les nombreuses petites pancartes annonçant la durée nécessaire pour parcourir les portions d'itinéraire. Il est donc difficile de se perdre et ce côté rassurant est un des objectifs de cette signalétique unique en son genre en Europe. L'ensemble ressemblerait presque ainsi à un grand parc naturel balisé à proximité des grandes villes dont l'histoire du Club Vosgien reflète cet amour ancien de la nature. Du col de la Vierge, on aura le choix pour se rendre au col de Bramont (955 mètres d'altitude) et nous avons choisi de prendre par le versant sud de la ligne de crête qui passe par la grande clairière pastorale "la vieille montagne". De là, il est possible par une vague sente, indiquée sur la carte IGN de se rendre sur le sommet de l'Altenberg (1197m) où nous aurons la surprise de constater juste en dessous une sorte de tourbière, et sur le sommet des vestiges des anciennes bornes frontières, datant de la période où l'Alsace et la Moselle étaient dans le giron de l'Empire allemand, entre 1871 et 1919 et que la frontière courait sur ces crêtes. Certaines de ces bornes de granite ont vu le D (de Deutschland) dégradé par la suite ce qu'on aura constaté. On peut récupérer un peu plus loin le sentier balisé. 

Photo 2: Une ancienne borne frontière au col de l'Étang.


Photo 3 : Le petit étang de Sèchemer pour débuter

    Cette partie de la réserve naturelle du massif du Ventron permet de parcourir des portions de forêt mixtes feuillus et épineux avec ici des points de vue remarquables sur la vallée de la Thur qui file vers le sud. Du col de Bramont, on décidera une dernière prolongation pour aller visiter la fameuse tourbière de Machais, plus vaste du massif vosgien, étape avancée du comblement d'un lac issu lui aussi des glaciations du quaternaire. Le lac est encore bien présent avec une vingtaine de mètres de profondeur au milieu de l'espace mais les sphaignes qui par leur décomposition sont à la base de la création de la tourbe ont lentement mais sûrement colonisé le fond du cirque. Et phénomène original, probablement unique en Europe, cette tourbe est parfois suspendue c'est à dire que par un "évènement géologique soudain" (pour reprendre les termes des informations vues sur site) elle s'est décollée des rives et du fond pour flotter sur l'eau. On pourra alors bénéficier avec l'heure un peu tardive, il est vrai qu'après 17 heures la montagne à tendance à se vider de ses passants, de la quiétude des lieux et d'une forme de solitude bienveillante et romantique avec la lumière du soleil davantage caressante que l'on pourra partager à deux. On envisagera alors sereinement le retour à la voiture par une portion de la route départementale puis une piste non balisée qui aboutit tranquillement au point de départ, après une boucle d'environ 4 à 5 heures de marche (?) et environ 500 mètres de dénivellation...

Photo 4: Vue sur la tourbière de Machais, depuis les hauteurs car il est interdit de s'approcher des rives, la zone étant protégée.

    Ce qui était appréciable également dans cet itinéraire était la vue sur la longue ligne de crête sommitale du massif des Vosges, passant par le Hohneck sus-mentionné, se prolongeant vers le Grand Ballon vers le sud (mais non visible de là). Cette ligne de crête est plus élevée de cent à deux cents mètres par rapport à l'itinéraire et en même temps dégagée de la forêt, car peuplée de pelouses ce qui lui donne malgré ses formes douces de ces reliefs sommitaux une impression de haute montagne, renforcée par la lumière de fin de journée et la profondeur de la vallée boisée en contre-bas. Le terme de ballons dont on affuble les noms des sommets arrondis des Vosges serait dérivé du nom du dieu du soleil Bel ou Belen auquel les Celtes vouaient un culte au sommet de ces montagnes. Aucune théorie pour expliquer la toponymie ne fait cependant l'unanimité, gardant finalement une part de mystère bienvenue. On sera aussi peut-être étonné de trouver une telle densité de myrtilliers dans les sous-bois et on repensera immanquablement au coq de bruyère et à son habitat si bien décrits par Michel Munier dans son beau livre L'oiseau-forêt. Cette réserve naturelle nationale de la tourbière de Machais est aussi faite pour contribuer à la préservation de l'habitat de notre oiseau totem.

Photo 5 : Vers le sud...

mercredi 29 mars 2023

À Paris à la librairie des Alpes, chaleureusement, toutes les montagnes...

    On va à la Librairie des Alpes, rue de la Seine à Paris, parce qu'on sait qu'on y trouvera la littérature de montagne que l'on recherche parmi les 10 000 ouvrages présents dans ce petit espace. Celui-ci y est totalement occupé par des étagères qui permettent de mettre en valeur cette riche collection de livres, anciens et rares surtout, ou neufs. Et de nombreuses vieilles photos encadrées, des sommets alpins principalement, des lithographies ou des petits tableaux viennent également s'insérer là où ils se feront de la place. On se retrouve alors dans un vénérable lieu ouvert depuis 1933 qui pourrait ressembler à une petite chapelle romane, coincée entre d'autres bâtiments, dans lequel le temps se serait un peu arrêté ou pour d'autres cela  évoquera plutôt un petit musée. C'est en tout cas un lieu complètement insolite, que beaucoup se contentent d'ailleurs de visiter pour ça. Il faut dire que la devanture bleue et les vieilles photos de paysages de la haute montagne alpine dans la vitrine donne simplement envie d'y pénétrer. 

    Une fois à l'intérieur, en passant devant le premier étal à droite sur lequel reposent de nombreux albums photographiques, vous observerez avec attention l'ensemble des rayons, certains peut-être avec plus de précision, comme une personne intéressée par les livres. Vous y aurez repéré forcément les fameux livres rouges des éditions Guérin et trouvé le rayon concernant les montagnes pyrénéennes ou corses, pour prendre finalement un bouquin sur le Jura! On y cherche quelque chose en particulier sans trop savoir quoi... L'accueil est des plus chaleureux et la discussion s'engage à tel point qu'on aura encore moins envie d'en partir. C'est alors que peut-être, vous aurez l'occasion d'y rencontrer, un peu comme une apparition, de celles qui sont rares dans la nature, quelqu'un venu ici en toute discrétion, comme dans un vieux repère, pour y déposer des livres neufs venant de paraitre et les exposer à la vente.

- Oui Catherine, tu peux les laisser là...

- (tout bas presqu'en chuchotant...) Heu, excusez-moi... c'est Catherine Destivelle?

- Oui! Vous pouvez même aller lui parler... 

Photo 1 : Pour voir l'intérieur, et les livres, le mieux c'est d'y aller...

     Simplement un bel endroit.

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samedi 4 mars 2023

Les Pyrénées (et la montagne) en vitrine de la librairie Ombres Blanches à Toulouse.

 En passant rue Gambetta, à deux pas du Capitole, devant l'indispensable librairie Ombres Blanches, on aura le plaisir d'admirer la vitrine dédiée aux Pyrénées, en particulier avec sa carte en relief au milieu, et à la montagne en général aussi. On se dira en scrutant les innombrables références agréablement mises en scène et en lumière, que tiens celui-ci je l'ai déjà lu, oh et celui-là j'aimerais bien le lire...

Photo 1: Il y a de quoi préparer sa saison...

    Entre les classiques comme les ex-éditions chamoniardes Guérin (les fameux livres rouges) aux plus récents comme les 111 lieux dans les Pyrénées à ne pas manquer, à titre personnel, j'étais content, mais peu surpris de retrouver Les huit montagnes de Paolo Cognetti ou le monumental, et déjà indispensable, et déjà réédité depuis 2021 Pyrénées, états des lieux aux éditions Cairn sous la direction de Jean François Soulet (en bas à gauche sous la carte). 
    J'apprécie tout particulièrement cette dernière somme de travail car elle fait échos au livre édité dans les années 70 sous la direction de François Taillefer Les Pyrénées de la montagne à l'homme, dans lequel on retrouvera une rare photo de Roger Daspet Moutons transhumants à l'Hospitalet. Cette photo fait pour moi le lien avec la partie rédigée dans l'ouvrage présenté en vitrine et son chapitre 2 Espaces pastoraux et forestiers-Sept mille ans d'histoire rédigé par Jean Paul Métaillié, Didier Gallop et Christine Rendu. Ces auteurs que j'ai eu maintes fois l'occasion de lire dans ma période étudiante. Mais le reste est tout aussi passionnant.
    Voilà chacun se fera sa liste en attendant le retour de la saison... et le changement de vitrine (jusqu'à quand?). En ce qui concerne les fameux livres rouges des éditions Guérin, je préfère nettement les premiers volumes dans le magnifique et indispensable Collection"Texte et images" de la période où l'éditeur éponyme, encore en vie, rencontrait et accompagnait les auteurs, alpinistes parmi les plus fameux, dans la construction et le choix des illustrations par exemple. Il m'a toujours semblé que l'on pouvait sentir ce lien entre l'éditeur et les auteurs à travers notamment le soin et la qualité apportés à la brochure et la couverture des livres, qu'une fois lus, on peut serrer dans les bras comme un belle chose... À partir du moment, où les éditions ont été absorbées, suite au décès de l'éditeur, il m'a semblé qu'on avait assisté à une inflation de publications, d'ouvrages plutôt de deuxième main avec davantage de journalistes auteurs, sans exclure d'autres ouvrages de qualité tout de même. Mais le lien ne me semble plus être le même. D'ailleurs Ombres Blanches ne s'y est pas trompée puisque les deux livres présents des débuts de cette collection, celui de Lionnel Terray Les conquérants de l'inutile (c'est quand même le grand classique indispensable) et de Louis Lachenal (avec M.Herzog, le premier vainqueur de l'Annapurna en 1950) Rappels sont heureusement dans la vitrine. On aurait pu ajouter celui du célèbre alpiniste italien Walter Bonatti Montagnes d'une vie.
     Personnellement, j'ai été touché particulièrement par les Entretiens de Marie Hélène Lafon avec Fabrice Landreau , Le Pays d'en Haut, chez Arthaud, (belle) collection Versant intime. Cette dernière repose sur des rencontres avec des personnalités "des lettres, des arts, des sciences et du voyage passionnées par la montagne et plus largement la nature, en invitant le lecteur à pénétrer leur jardin secret et à découvrir leur rapport aux éléments". Celui de Bernard Minier, pyrénéen, est aussi présent dans la vitrine. J'avoue avoir un faible pour le premier, car, oh infidélité, elle parle du massif du Cantal et des vertiges horizontaux que l'on peut avoir en parcourant ces montagnes et en observant depuis ses sommets les vastes horizons qui entourent ce massif. Massif dans lequel elle a grandit, dans une ferme isolée. Cette intimité se retrouve dans ses textes et qui renvoient dans mon imaginaire aux magnifiques albums photographiques de Pierre Soissons sur ces mêmes montagnes, non présents dans la vitrine.
    Enfin, il ne s'agit pas d'oublier le dernier livre de Jean Jacques Camara Au pays de l'ours, qui relate sa passion et ses cinquante ans à poursuivre et étudier l'ours brun des Pyrénées et bien sûr à tenter de le sauvegarder. À coup sûr, un personnage qui me ramène aux récits de protection et d'étude pyrénéenne des grands prédateurs de mon ami O. dont il est impossible de se lasser. Ce livre fait aussi écho à celui, non présent dans la vitrine, de Michel Munier, auteur de L'oiseau-forêt, père du célèbre photographe Vincent, et qui lui aussi a passé sa vie de passionné à étudier et protéger un autre animal emblématique des Pyrénées (mais pas que...), le coq de bruyère ou grand tétras, mais là dans les belles forêts des Vosges. Ce livre dans lequel la poésie n'est jamais bien loin.

Merci à mes amies éclaireuses (F. et C.) et à S.