vendredi 30 juillet 2021

Pic de Turgilla (2528m) au dessus de Guzet et des étendues lacustres

     Au départ des belles étendues alpines du cirque de Gérac (où un ours mâle avait été abattu au printemps 2020), accessible par une piste de bonne qualité (en tout cas en ce vendredi 9 juillet), au dessus de la chouette station de ski de Guzet-neige, à 1830 mètres d'altitude, le sentier remonte facilement la vallée pour atteindre le pic de Turguilla. Du haut de ses 2527m, il domine un vaste panorama, dans lequel les étendues lacustres sont nombreuses, entre le massif du Montcalm et celui du Mont Valier. Dans la vallée proprement dite, pas moins de quatre étangs pourront être visités, notamment l'étang de Réglisse (3,5 hectares de superficie), si joliment nommé vers 2150 mètres, et placé un peu à l'écart, et plus si l'on compte ceux sans nom situés plus haut, souvent plus petits mais plus sauvages. Le cheminement commencera par le petit étang de la Piède (0,5 hec.), puis celui d'Astoué pour finir par celui de la Crousette et passera devant la cabane de Turguilla.

Photo 1: Au fond le Mont Valier, vue depuis le déversoir de l'étang de la Crousette. À gauche, la crête remontant vers la pointe de Rabassère (2569m)


Photo 2 : L'étang de réglisse avec sa petite île caractéristique à gauche.

Photo 3: Depuis le sommet du pic de Turguilla, vue sur la pointe de Rabassère et le Mont Valier au fond.

Photo 4: Au fond, le pic de Turguilla. L'itinéraire remonte la ligne de crête de gauche à droite.

    Hormis les deux passages aménagés d'échelles au début de l'itinéraire (peut-être délicat pour un chien et les gens sujets au vertige), le reste est relativement simple et l'aller retour pourra se faire en à peine plus de quatre heures. On trouve toujours un peu de monde dans la vallée, sans que cela soit l'autoroute, mais je n'ai jamais rencontré personne en trois fois au sommet. La vue du sommet est reposante car on domine de peu, à peine 300 mètres, les étangs du versant espagnol catalan avec un relief qui semble presque s'aplatir. Et la pointe de Rabassère, plus à l'ouest et légèrement plus haute semble facilement accessible. On notera au passage, entre les deux premiers étangs, l'originale cabane de berger (la cabane des bergers de Lastou). En tout cas, elle m'a paru originale car il s'agissait d'une ossature de vieil orri. On passera devant la cabane de Turguilla un peu plus haut. En face, sur le versant de la vallée, domine le pic de Séron avec ses 2489 mètres. un chemin part semble t-il de derrière la cabane de Turguilla pour y accéder et revenir par un chemin plus escarpé au point de départ.

Photo 5: Vue depuis le sommet du pic de Turguilla sur le versant espagnol et l'estany de Guiló (le plus en aval de la série de gauche) et les autres...

Photo 6 : En regardant au sol...

À noter qu'il serait regrettable que le cirque de Gérac soit aménagé tant ce lieu facilement accessible est beau et préservé. Je ne sais pas où en est le projet de construction d'une retenue d'eau censée alimenter les canons à neige de la station de ski mais j'espère qu'il n'aboutira pas. Il faudra cependant trouver un équilibre entre pastoralisme et vie sauvage.

dimanche 13 juin 2021

La pique d'Estats (3143m) et le Montcalm (3078m), les sommets de l'Ariège.

 Le massif du Montcalm/Estats, point culminant de l'Ariège et de la Catalogne espagnole, avec ses 3143m d'altitude, est relativement isolé des autres grands massifs pyrénéens. C'est le premier à dépasser les 3000 mètres en venant de la Méditerranée et il faut parcourir une trentaine de kilomètres de plus vers l'ouest pour trouver les suivants. De forme assez compacte, sa prééminence nette sur les autres montagnes environnantes permet d'observer un panorama vaste qui court du Canigou au pic du Midi de Bigorre en passant par les montagnes d'Andorre mais aussi probablement sur la montagne Noire (mais invisible ce jour). Son ascension, sans escalade, ni glacier, est longue et assez pentue, sans trop de répit jusqu'au refuge du Pinet à 2240 mètres d'altitude qui permet de faire une pause sur le chemin des sommets. En effet, 35 minutes séparent la pique d'Estats de son voisin le Montcalm alors l'ascension combine souvent les deux. On y ajoutera le pic Verdaguer 3131m, sommet secondaire, presque une antécime de la pique. À bien y regarder d'ailleurs, on se demandera alors pourquoi la Punta Gabarro, du nom d'un alpiniste espagnol qui trouva une nouvelle voie d'ascension pour la pique d'Estats, n'est elle pas aussi un sommet principal de la liste officielle des sommets de plus de 3000 mètres des Pyrénées? Le pic du Port de Sullo (3072m) plus excentré mérite une ascension à lui tout seul, même s'il serait envisageable de l'ajouter.

Photo 1 : Depuis le sommet plat du Montcalm: de gauche à droite, la triplette de 3000 (Punta Gabarro 3115m Pique d'Estats 3143m et pic Verdaguer 3129m), puis le pic du Port de Sullo (3072m), tout au fond la Maladetta et la crête des pics de Bassiès. La Punta Gabarro est surmontée d'un point géodésique espagnol...

Photo 2: Depuis le pic Verdaguer (du nom du poète espagnol d'expression catalane, une des figures majeures de la Renaixança catalane), vue sur le Montcalm. Derrière celui-ci, le massif de Tabe et le Saint-Barthélémy. Le premier récit de l'ascension du sommet est écrit par Candolle après son ascension du 18 juillet 1807 accompagné du guide Simon Faure. On peut imaginer aisément que ce sommet a été gravi bien avant par des bergers ou des chasseurs d'isards anonymes...

J'étais venu par ici la première fois pour mes 19 ans (il y a fort longtemps), campant à proximité du refuge de Pinet, pour faire l'ascension de mon premier 3000 pyrénéen. Alors cette fois, j'ai décidé d'y amener G. pour son anniversaire. C'est une grosse sortie si on la fait à la journée avec plus de 2000 mètres de dénivellation puisqu'en partant du parking de l'Artigue à 1180 m, si on ajoute le Montcalm, il faut redescendre sur la crête, et le col de Riufret à 2878, qui joint les deux sommets avant de remonter d'une centaine de mètres. Jusqu'au refuge, le cheminement se fait d'abord dans la forêt de hêtre puis déboule sur l'étage sub-alpin et ses pelouses d'altitude parsemées de vieux orris, passant à proximité du charmant étang sourd à 1934 mètres d'altitude. Ensuite, vers 2400m, le sentier passe entre deux gros cairns, et pénétrant dans la haute montagne par une vallée encaissée jusqu'à l'étang d'Estats, coupant déjà les névés tardifs, avant de bifurquer vers l'est et l'étang du Montcalm (2571m). À partir de là, le paysage s'ouvre jusqu'au sommet, et le reste du parcours n'est que champs de neige, passant sur le dernier petit lac à plus de 2800 mètres, complètement couvert, sans pour autant mettre les crampons. On aurait presque pu y skier, en tout cas, on en a eu envie...

Photo 3 : L'étang sourd à 1934m d'altitude. On ira en redescendant.
Photo 4 : Le premier étang en remontant après le refuge, l'étang d'Estats, en contrebas de l'itinéraire d'ascension

Photo 5 : Vue sur le versant espagnol et les estany d'Estats (le plus haut) et estany de Sottlo (le plus bas), depuis le pic ...  L'altitude de ces étangs se situe vers 2400 mètres et la voie normale espagnole passe par là, en partant de la piste qui aboutit quasiment à 1900 mètres d'altitude au refuge de Vallferrera

Il y avait du monde sur le chemin le samedi, mais au refuge la fréquentation était modeste, puisque hormis un groupe de six, qui ne comptait visiblement pas aller plus haut, le vendredi soir, il n'y avait que nous. Je préfère d'une manière générale toujours monter le vendredi soir pour éviter la cohue du lendemain. Même si on arrive tard, et que bien sûr, j'avais oublié de préciser à G. qu'il fallait prendre du coup de quoi manger le soir; heureusement, après nos "supplications", la gardienne nous a préparé des sandwichs au pâté ... et puis bien sûr, car je suis un parfait organisateur, après le dernier texto à G., "N'oublies pas de prendre ton sac à viande ou ton duvet"... "C'est fait"... j'avais oublié le contexte covid et le fait qu'ils ne fournissent plus les couvertures...  Alors G tu as ton duvet? Ben non...que le sac à viande... Là aussi heureusement, la gardienne nous a trouvé une solution...

Photo 6: Au fond, la ligne de crête du massif des pics de Bassiès domine le versant sud au caractère alpin affirmé. Vue prise depuis le déversoir de l'étang du Pinet, au pied du refuge du même nom.

Le lendemain parmi les randonneurs, nous avons rencontré trois jeunes, des étudiants de sup aéro, qui étaient venus en train depuis Toulouse, jusqu'à Tarascon, puis de là, soit une vingtaine de kilomètres, avaient rejoint le parking avec leurs vélos avec les sac à dos sur le dos... Bien sûr, au retour idem. Alors chapeau, parce qu'en plus ils étaient franchement sympas. Ça fait plaisir.

En lisant, le très intéressant article d'Alain Bourneton, Deux siècles d'ascensions dans le massif Montcalm/Estats, dans le numéro 200 (1999) de la revue Pyrénées, vous pourrez apprendre notamment que le massif possède la particularité de posséder les plus hauts lacs des Pyrénées (vous passerez dessus peut-être même sans vous en apercevoir...) et que sur l'arête sud du pic du Port de Sullo, à 2850 mètres d'altitude, vous trouverez le petit pin à crochet le plus haut des Pyrénées (en 1999)... 

Photo 7: L'itinéraire sur une carte au parking de départ...

Enfin pour conclure, un petit bain dans le torrent à l'Artigue permettra de repartir de bon pied, un peu plus propre... Certaines photos sont de Guillaume.


samedi 29 mai 2021

Le pic de Nore (1210m), point culminant de la montagne noire et son fantastique panorama...

Le pic de Nore, à cheval sur les départements de l'Aude et du Tarn est un magnifique belvédère d'où le panorama est exceptionnel. Aujourd'hui c'était complètement bouché sur les Pyrénées, c'est d'ailleurs pour cela que nous étions là. Mais en même temps, il est bien dommage, finalement presque stupide, de galvauder cette sortie et d'en faire une seconde zone. Autant venir ici par ce qu'il fait beau sur les Pyrénées comme cela vous les verrez comme il faut, de manière assez majestueuse, du Canigou aux Pyrénées ariégeoises. Cependant, la vue restait belle sur la plaine de l'Aude, jusqu'à la mer, et au nord vers les Monts de Lacaune et le Caroux dans le Haut-Languedoc, mais pas au-delà car là aussi ce n'était pas clair. En contre-bas sur le joli village de Pradelles-Cabardes à 800 mètres d'altitude, point de départ de notre promenade, et sur l'ensemble de l'itinéraire parcouru, la vue était charmante.

Photo 1 : Le sommet du pic de Nore, avec sa tour de télécom construite dans les années 60, depuis la montée à l'aller. (Photo d'Amine)


Photo 2 : À la descente, vue plongeante sur le village de Pradelles-Cabardes depuis le Roc d'Astier (1060m)

Photo 3 : Dans le village...

Ce dernier terme de ballade est peut-être exagéré mais avec un dénivelé de 450 mètres pour un peu plus de 8 kilomètres de longueur, par une boucle depuis le village, qui monte vers le sommet par l'ouest et redescend par le sud, il reste assez proche de la réalité. L'itinéraire avait bien sûr d'autres attraits. Dès le départ, dans la hêtraie, on pouvait observer les vestiges des glaciaires construites au milieu du 19ème siècle et qui ont fonctionné pour la dernière jusqu'en 1930. On pouvait avoir l'impression de trouver là des vestiges d'une ancienne église romane perdue sous les arbres. La glace ainsi stockée dans des sortes de silos semi-enterrés, était ensuite emmené en plaine jusqu'à Carcassonne à pied par des porteurs, de nuit. Le chemin débouche ensuite sur les crêtes, ou plutôt des vastes espaces assez plats, qui mènent au sommet, dans un paysage plus dégagé, battus par les vents, dans lequel les bruyères, les fougères et les affleurements granitiques font de la concurrence à la forêt. Ce versant sud, méditerranéen, par lequel s'effectue la montée est nettement moins abrupt que l'imposant versant nord, atlantique, qui domine la plaine de Mazamet dans le Tarn. La montagne Noire est la partie la plus méridionale du Massif Central et le dernier élément du plissement et du soulèvement qui a suivi le rapprochement de la plaque tectonique d'Ibérie et la naissance des Pyrénées. Ce mouvement a fait remonter des roches plus anciennes, notamment des granites, des gneiss dont on voit les affleurements mentionnés plus haut. 

Photo 4 : La fameuse glacière dans laquelle il faut imaginer une voute de pierre.
L'ensemble du volume enterré était rempli de glace de neige, recouvert lui-
même d'un matelas de feuille de hêtre qui assurait l'isolation... 



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Ces paysages du pic de Nore, et  ceux des alentours, peuvent être retrouvés dans le film, comédie délicate et hilarante, des frères Larrieu 21 nuits avec Pattie

En tout cas, difficile de se perdre aujourd'hui. Tout est balisé depuis le village (GR36 au retour)

lundi 10 mai 2021

Dans le Cantal, un tour par l'élégant Puy Mary (1783m)

 Pour une première post-confinement 2021, je n'ai pas été le seul à penser que les montagnes du Cantal seraient le théâtre de verdure adéquat. Tout le monde connaît le Puy Mary et sa silhouette élégante, classé au titre de Grand Site de France, d'autant plus que depuis le col du Pas de Peyrol (1588m), il est très facilement accessible. L'aménagement en escalier de béton du sentier, sur la crête, suite à son érosion par la sur-fréquentation ne doit pas dissuader le promeneur à venir ici et observer depuis sa table d'orientation le fantastique panorama, notamment vers le massif du Sancy au nord. En effet, le sommet, est le centre d'un ensemble de cinq longues vallées glaciaires qui partent en étoile. Le massif du Cantal est le vestige du plus grand stratovolcan d'Europe et le relief plutôt horizontal autour du massif permet un panorama dégagé et lointain. Il sera alors facile de venir par une vallée et de redescendre par une autre et de faire partie des 500000 touristes qui montent là-haut chaque année. Évidemment ce n'est pas pour rien.

Photo 1: Au fond, le Puy Mary. Vue depuis le bas de la vallée de l'Empradine (photo d'Hélène)


Photo 2 : Il y avait du monde sur le chemin... 
- Houhou... Je suis làààà...

Au départ du hameau de la Courbatière à 1080 mètres d'altitude au nord-est, on peut remonter la vallée glaciaire de la Saintoire vers le col de Cabre à 1528 mètres par où passaient les troupeaux transhumants venants du sud Cantal, puis faire l'ascension du Puy de Peyre-Arse à 1806 mètres. En suivant alors la crête vers l'est globalement, le sentier aboutit, suite à un mur de corniche que l'on nomme les fours de Peyre-Arse, au Puy Mary par la fameuse brèche de Roland locale en référence à la Pyrénéenne. Cette ligne de crête est magnifique, surplombant le cirque d'Eylac encore assez enneigé du haut de la vallée de l'Impradine, dont le versant est ciselé par les nombreux ruisseaux et le plancher du cirque glaciaire occupé par des zones humides, aux alentours desquelles on observera de nombreuses marmottes. On bascule alors depuis le Puy puis vers le col du Pas de Peyrol. On rejoindra par la route à nouveau le refuge du buron d'Eylac, au col du même nom pour entamer la descente de cette vallée de l'Empradine. Ce que j'ai trouvé de très étonnant (et de beau), c'est de voir encore toute cette neige sur la face nord du Puy Mary, avec des congères qui viennent lécher la route qui coupe en travers le versant et qui était fermée jusqu'à la semaine dernière, ouverture tardive comme chaque année. Il s'agit là du névé de Miarou ou de l'aigle que quelques passionés s'amuseront à descendre en cette saison. On peut rappeler ici que le massif est une des montagnes les plus humides de France, avec 2500 mn de précipitation annuels.

Photo 3 : Le cirque d'Eylac avec la Brèche de Rolland au milieu. Les skieurs étaient sur ce versant...

Photo 4 : La partie supérieure de la vallée de l'Impradine. La Puy Mary est reconnaissable à droite.
 (Photo de Géraud)

Photo 4 : La dernière grange en remontant  la vallée de la Saintoire.


Si l'on retrouve des gentianes sur le fond des vallées, des forêts, l'ensemble est assez dépaysant pour un pyrénéen, car l'ambiance est plus nordique. Tout d'abord, le village de départ offre une architecture rurale originale avec ses bâtiments de pierres noires et ses immenses et majestueuses granges qu'on retrouvera dans les romans de l'écrivaine Marie Hélène Lafon. Sur la montée, peut-être aura-t-on la chance d'apercevoir des chamois, ceux que le loup, de retour dans les parages (le dernier aurait été abattu en 1930 d'après un homme avec qui j'ai discuté sur le chemin du retour), n'aura pas fait partir. Le bas de la vallée, à l'approche de l'arrivée de la boucle près de La Courbatière, au dessus de la Gravière, on observera un vieil effondrement du versant datant de la dernière période glaciaire avant de passer devant la Maison Saury, classé aux monuments historiques avec sa façade d'inspiration bourgeoise du 18ème siècle, ornée de décors inspirés de l'art populaire. On rappellera aussi que les premiers projets de station de ski alpin dans le Cantal étaient destinés à cet vallée, fort heureusement épargnée. On peut alors regretter simplement les neiges d'antan et les courses de ski de fond qui avaient aussi lieux dans la vallée. 

Photo 5 : L'itinéraire sur une pancarte à La Gravière

Pour aller plus loin, on peut toujours lire la surprenante bande dessinée d'Étienne Davodeau Le droit du sol dans lequel l'auteur et narrateur relie en marchant deux lieux des peintures rupestres de Pech Merle dans le Lot au site du projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure dans la Meuse. En passant, vous reconnaitrez quelques éléments de la photo 3 notamment...

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Voilà la montagne du Cantal est un vrai enchantement. Merci G. et H.