jeudi 30 septembre 2010

Pic de Nérassol 2633m (Ariège)

Alors, nous y voici. Pour cette sortie, où j'emmène Guillaume, fraîchement débarqué de la capitale, il ne s'agit pas de se tromper! La météo sera encore le principal paramètre pour le choix final. A l'origine, on visait un 3000m (ça devient maladif) mais la seule fenêtre ensoleillée, nous a finalement porté vers la Haute-Ariège et les montagnes de mon enfance que j'étais bien content de lui faire découvrir et parcourir pour la troisième fois cette année.
L'itinéraire est donc un classique, même pour les randonneurs du coin, qui se fait tranquillement à la journée en moins de six heures de marche et un peu plus si on veut grimpouiller sur quelques petits pics qui nous observent.
Départ du village de l'Hospitalet près l'Andorre la plus haute commune de l'Ariège, à 1440 mètres d'altitude, dernière commune avant le supermarché, avec un ciel totalement bleu alors que le reste de la chaine est bouché (encore merci Météo-France). Le début de l'itinéraire jusqu'au pont des Pouzouilles (1740m) est sérieux et nous oblige à "ajuster" notre souffle au milieu des noisetiers, puis des vaches qui paissent là et semblent être quelque peu descendues suite aux dernières chutes de neige. Il en reste sur les versants nord à l'abri du soleil. L'ambiance sera clairement pastorale aujourd'hui, jusqu'au contenu du repas... Nous nous engageons dans la vallée du Sisca, laissant à droite le chemin qui arrive du Pédourrés, et qui sera pour le retour. Vous l'aurez compris, nous ferons une boucle. C'est d'ailleurs le circuit de la course en montagne (sans les sommets), organisée chaque année, fin Août, depuis vingt trois ans, dans un esprit très amical!

Photo 1: Pause désaltération et gastronomique (oui, l'eau a bon goût) sur le chemin du retour après le Pédourrés.



Nos pas et notre bavardage (peut-être moins intense avec l'altitude) nous portent au barrage du Sisca (2040m) où l'horizon commence à se dégager car jusque là, la vallée reste étroite. Les pâturages, jaunis en cette saison, rendent le paysage nettement moins austère et confirment la richesse de ces versants pour nos amis les ruminants. Le fond de la vallée est moins accidenté et on débouche sur un pla où le ruisseau s'étale en petits méandres. La cabane (ou refuge, choisissez) de la Vésine est posée à deux pas, accueillante, entourée de pelouse.

Photo : Le pla de la Vésine, avec la cabane, à gauche des deux rochers. Au fond, sur la première ligne de crête, on peut apercevoir un sentier, qui partant légèrement en travers du barrage du Sisca (mais celui-ci est invisible), porte habituellement (et depuis longtemps) les pas des animaux qui vont pâturer en début de saison sur le versant sud (et andorran) de cette crête, ou qui reviennent. Il est amusant d'étudier les circuits et l'utilisation ancienne de ces montagnes. Pour ceux qui sont intéressés (et patient, car le livre est "gros" et qu'il est difficile à trouver), "La vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises" de M.Chevalier (en fait sa thèse de Géographie, 1956) est un régal.



On pourrait presque s'arrêter là et faire la sieste. L'endroit est paisible et me fait toujours le même effet, rassurant. L'impression que rien ne bougera.
On poursuit néanmoins pour arriver vers le fond de la vallée qui se présente sous la forme d'un cirque avec des sommets dépassants les 2700 mètres. Mais il n'a rien d'agressif (sauf en pleine nuit en cas d'orage...), même si l'ambiance reste sauvage. Par ici, les touristes se font un peu moins nombreux. Aujourd'hui, on ne croisera qu'un couple, presque à l'arrivée. Honnêtement, c'est aussi cela que je cherchais cette fois. La zone est occupée par l'étendue lacustre de l'étang du Sisca (2187m), matérialisée par son demi-barrage inachevé, sur lequel trône un abri (utilisable mais sans banquettes). Les parois du cirque se sont rapprochées et après environ deux heures de marche, nous allons virer à droite pour monter vers la porteille du Sisca à 2440 mètres d'altitude. La distance peut inquiéter mais en fait on arrive vite à destination, d'autant plus que les petits lacs d'origine glacière qui parsèment le paysage, se découvrent progressivement. On n'est pas stressé. Guillaume a l'air content d'être là.

Driinngg, téléphone, celui-la, je l'avais oublié.
-Oui, bonjour, c'est Brigitte Dupont de la banque, à Bordeaux.
-Ah, oui, bonjour,
-je vous appelle car je viens de recevoir un courrier que vous m'avez adressé l'autre jour. Je ne comprends pas pourquoi....
-blabla...(l'échange dure quelques minutes, au dessus des étangs)
J'explique, elle comprend pas tout, moi non plus, je m'énerve imperceptiblement (comme toujours...).
Finalement:
-Excusez- moi, en fait, je suis en montagne...
-Ah, vous êtes en montagne. Il fait beau? Car ici, on est sous les nuages. Ne vous inquiétez pas, je m'occupe de tout et j'envoie le courrier à la bonne personne. Bonne journée et profitez bien.

Photo : Allô, allôô... Au premier plan, à 2246m, un petit étang, en voie de comblement, dont je ne connais pas le nom (ni l'I.G.N. d'ailleurs), à quinze minutes à pied, de l'étang du Sisca, tout en longueur, au pied du pic de la Cabanette (2818m) enneigé. Derrière la ligne de crête, c'est l'Andorre.



Il fait bon, les nuages commencent à arriver. La porteille est atteinte et évidemment je branche Guillaume pour aller grimper sur le pic de Régalecio (2569m) qui est juste au-dessus et qui demande une certaine attention car les derniers mètres sont des blocs de granit qu'il faut escalader. On n'ira donc pas avec n'importe qui. Mais le panorama d'en haut, nous laisse admirer la face nord, un petit peu enneigée, du pic de Nérassol (2633m), face à nous et qui est l'objectif de la journée (Photo ci-dessous). Nous restons peu longtemps au sommet pour attaquer le vrai objectif.


En plus, j'ai faim depuis un petit moment, alors il me tarde d'y arriver. La dernière partie de la montée est sans difficulté et le sommet ressemble presque à un plateau. Le panorama est large vers le col du Puymorens, que l'on domine, et les montagnes de la haute vallée de l'Ariège et des Pyrénées-orientales. On peut prendre le temps (et on le prend) au soleil pour engouffrer les 300 grammes de fromage Bamalou (fromage de vache du Couserans). On est bien.

Evidemment, après avoir présenté ma conception de la randonnée dans ces montagnes à Guillaume (il est patient) tout le long de la montée:
-Bon (en grand connaisseur), tu vois Guillaume quand je viens ici, je prends jamais d'eau, jamais de gourdes. Il y a des ruisseaux partout alors j'y bois et je n'ai aucun problème. L'eau est bonne.
-...
Pause repas donc, après le bamalou:
-Dis donc Guillaume. Tu ne pourrais pas me passer un peu d'eau de ta bouteille?

La descente peut se faire sans soucis, en revenant sur la porteille puis en poursuivant vers l'étang du Pédourrés (2165 m) qui nous tend les bras.

Photo : Depuis le pic de Régalecio, vue sur l'étang du Pédourrés et la Tose du Pédourrés (2468m) au dessus.



Arrêt (multiples) pour boire l'eau des ruisseaux (comme un gosse, mais ça me va). On passe devant le barrage du Baldarquès (1970 m) et on plonge dans la vallée pour rejoindre l'Hospitalet. Voilà une belle course qui nous laisse un peu entamés mais contents. On a quand même marché un peu plus de six heures.



jeudi 23 septembre 2010

Pic du Midi de Bigorre 2872m (Hautes-Pyrénées)

En cette journée de manifestation nationale contre le projet de réforme des retraites, l'appel du grand air dans les montagnes, avec l'objectif préalable de grimper à 3000 mètres, a été le plus fort. Mais la plus forte est quand même restée la météo qui s'est présentée comme indiquée sur le site de météo France (qui se trompe rarement!). J'ai voulu quand même essayer... Du coup, je me suis rabattu sur le Pic du Midi de Bigorre (2872m) et bien m'en a pris car, même si la ligne de crête sur la frontière était bouchée (aucun regrets alors) et la plaine également, le panorama est probablement un des plus remarquables sur une grande partie de la chaine des Pyrénées.
La montée depuis le premier lacet du col de Tourmalet (1944m), proche de la cabane de Toué, jusqu'au lac d'Oncet (2254m), puis le sommet, a été une véritable promenade de santé.

Photo 1: Depuis le sommet, le lac d'Oncet et au fond, à gauche, le massif du Néouvielle (3091m), sur lequel il reste que quelques névés.



Le chemin est bien marqué et rejoint au lac, la piste venant du col de Tourmalet, qui aboutit quasiment au sommet. En deux petites heures (il faut probablement un peu plus), j'étais là-haut et je dois bien avouer avoir ressenti une joie certaine à l'arrivée alors que ce sommet nous surveille continuellement de presque partout où on se trouve du côté nord des Pyrénées. Il en devenait presque banal. Apparences bien trompeuses!

Photo 2: Le lac d'Oncet et le pic du Midi de Bigorre, et ...le chemin qu'il reste à parcourir.



J'ai donc fait un petit tour de ce qui est ouvert au sommet pour le randonneur avec les diverses plates formes panoramiques. On peut également monter par le téléphérique si on veut bien se trouver suspendu par 350 mètres au dessus des pâtures (et payer les 30 euros). Personnellement je préfère la marche à pied (hum).
On pourrait conseiller vivement à tout le monde cette ballade car quelque soit le niveau, on arrivera au sommet, en prenant son temps. Il n'y a absolument aucune difficulté technique et même une "aventure" seule me paraît sans risques.
Sur une grande partie de la descente, le massif du Néouvielle, au sud, attire le regard, ainsi que son ancien glacier sur le versant nord-est (il n'existe plus et en dix ans, même les névés éternels ont disparu).
En ce qui concerne l'observatoire au sommet, je ferai comme le Comte Henri Russel (Souvenirs d'un montagnard), à la fin du 19ème siècle, je n'en dirai rien, ou pas grand chose, vous renvoyant au site internet. Egalement, voici le lien pour un panorama plus complet, par un beau temps printanier. Ceci dit, ceux qui sont près à payer environ 150 euros la nuit pourront, en réservant quelques mois à l'avance, y dormir confortablement au chaud. Mais attention, en cas de forts courants d'air, il parait que la structure métallique du bâtiment bouge un peu, et que les lits, dixit un des techniciens de T.D.F. qui était là, fort agréablement bavard, ressemble davantage à un lit pour des marins en pleine tempête (bon, là c'est moi qui traduit). Peut-être pas à l'hôtel!
-Vous êtes montés travailler pour combien de jours?
-Là, je reste jusqu'à lundi. Je travaille ici depuis 1984.
-Dites-moi, on ne doit plus pouvoir s'en passer du Pic du Midi. Cela doit être comme une passion à force.
-Euh, non.
-Ah bon.
Les autres pourront, sans problèmes, bivouaquer un peu plus bas, vers l'ancienne hôtellerie aujourd'hui abandonnée, ou, éventuellement, sur une des terrasses et voir le lever et coucher de soleil.
La température, bien douce, m'a permis de prendre le temps de redescendre. On peut ainsi observer le bleu de seize mètres de profondeur du lac, créer une panique générale chez les marmottes (et certaines sont apparemment prêtes à passer l'hiver mais pas à courir un cent mètres!) et observer de près les vestiges et bâtiments pastoraux de cette vallée. Pour une descente hivernale, voir http...

Photo 3: Cabane de Toué. On est presque arrivé!



Les pelouses avaient un peu jauni mais l'ambiance pastorale, dans la station de ski, est bien présente.

mardi 24 août 2010

Il faut bien rentrer... (Haïti)

Ce sera donc le dernier billet concernant ce voyage qui s'est avéré bien plus facile que sur le papier. Je ne mettrai les photos qu'à mon retour, en France, car je vais à l'aéroport à 13 heures. Il me reste que peu de temps pour profiter de Santo Domingo. Je dois reconnaître que tenir un blog prend du temps et de l'énergie mais c'était là aussi une belle expérience. Je suis un peu fatigué et les derniers moments seront vécus en égoïste.

J'ai quitté Jérémie, ce dimanche, à 5 heures du matin, en me disant que le temps passé ici avait été trop court. Je regrette de ne pas avoir pu voir Rolphe et Geneviève de Corail, mais c'est sûr, ce sera pour la prochaine fois, et pas dans 7 ans ! Parce qu'évidemment, aussi, la Grand'anse offre d'autres possibilités. On peut se rendre à Dame-Marie ou Anse d'Hainault, face à la Jamaïque.
Au départ, plusieurs possibilités pour joindre Port au Prince se présentaient mais le choix de la moto-taxi jusqu'aux Cayes puis le bus jusqu'à la capitale a été dicté par la nécessité et aussi par l'envie. J'aurais pu prendre l'avion (Compagnie Tortugair, 115$ aller simple) mais les vols de samedi et dimanche étaient complets. Alors je me suis rabattu sur le bus (500 gourdes) mais là, les horaires ne me convenaient pas : départ vers 16 heures pour une arrivée vers 3 heures du matin à Port au Prince. Je préfère arriver tout de même pas trop tard pour profiter d'une dernière soirée à Jérémie et d'une autre, avec Marie à Port au Prince. Le voyage peut s'avérer difficile, car long, (voir pages sur Carrefour) mais il me semble que lorsqu'on est jeune et en forme, il se fait, pour le moins! C'est aussi une bonne manière de connaître les Haïtiens. D'autant plus qu'on peut prendre une place dans la cabine du chauffeur. C'est plus cher mais plus confortable. Enfin, si quelqu'un vous trouve une rou lib, comme ils disent ici, c'est à dire une place dans une voiture qui fait le voyage.

Photo 1: Les bus Dieu qui décide vous porteront à la capitale.




J'ai donc pris la dernière option possible, que Geneviève et Jean-Bart m'avaient conseillée. J'avais, en plus envie, de revoir le paysage des mornes au petit matin, au pied du massif de Macaya, sur une route quasi-déserte, à la fraîche et ainsi avoir la possibilité d'attraper un bus qui me faisait arriver à destination, pour le début de l'après-midi. Le choix du pilote est important. Sur place, n´hésitez pas à demander. Pour 1250 gourdes, on vous porte aux Cayes, plus 200 gourdes de bus. Faites juste attention à vos bagages qui vont sur le toit. Je n'ai pas pu attraper le bus climatisé car nous sommes arrivés un peu trop tard aux Cayes. Sur le chemin, on s'est arrêté régulièrement. Le pilote a pas mal de connaissances (au sens féminin du terme) et peu avant Camp Perrin, une courte, mais intense, averse nous a obligés à nous mettre à l'abri. Je dois reconnaître que mes adducteurs ont un peu souffert sur le moment. Et pour plaisanter avec mon pilote, au moment de lui demander en urgence de stopper.
-Arrêtez, arrêtez...
-...
-Ouf, j'ai une petite douleur.
-Où ca ?
-Bon, c'est là (en m'étirant, une fois sur mes deux jambes).
-C'est les "graines"? (traduction "littérale" du créole, mais toute la conversation se fait en créole. Enfin, en ce qui me concerne, je mélange du français et un créole rudimentaire).
-Et vous savez que c'est une importante chose !

Reconnaissons, que dans un premier temps en suivant, il a fait preuve d'une réelle prévenance.

De retour, à Port au Prince, Marie m'attend. Le temps d'une petite pause, on se raconte nos péripéties. La semaine de cours qu'elle a donnée avec l'agence universitaire de la francophonie, s'est très bien passée. Les étudiants ravis, elle aussi. Elle reviendra dans peu de temps. Elle vient de publier sa thèse: Des îles en partage (aux Presses universitaires d'Haïti et Presses universitaires du Mirail), qui traite aussi du cas de Timor et de Saint-Martin. Je l'achète en rentrant car les exemplaires pour Haïti, ne sont pas encore arrivés. On repart à Pétionville pour acheter des peintures dans la rue. Là aussi, je n'ai pas eu (ou pris) le temps d'aller visiter les nombreuses galeries et, en ce jour de saint repos dominical, elles sont fermées pour la plupart. Marie fait un carton plein et nous enchaînons avec une soirée au Quartier latin, un resto-bar, place Boyer, qui s'adresse à une clientèle qui peut payer des tarifs de pays développés. Gros décalage d'autant plus, que de l'autre côté de la clôture se trouve un camp de tentes.
On pourrait dire beaucoup de choses sur l'aide humanitaire, qui submerge le pays, et pas forcément que des positives. Les prix, de location d'appartement ou maisons se sont envolés. L'arrivée de grosses ONG, au budget "illimité" met à mal le travail entrepris par des ONG plus modestes, qui travaillent sur le long terme. Surtout, on peut se demander comment le secteur médical national va sortir de cette crise (voir l'article "En Haïti, quand le remède peut tuer le médecin" dans Le Monde, du 23 Juillet 2010, d'Alain Deloche, chirurgien, Président de la Chaîne de l'espoir). C'était une partie du secteur privé, qui, à une certaine échelle, marchait dans le pays. J'espère que cela ne subira pas le même sort que la culture du riz, par exemple, dans les années 80-90. On peut s'interroger sur le rôle des politiques locaux mais aussi internationaux. Si tout le monde se précipite ici, c'est que les intérêts, au delà de l'urgence et de la solidarité indéniables, dépassent probablement le pays.
Les trois prestiges me font tourner la tête, pour Marie c'est le rhum, Barbancourt bien sûr (probablement un des meilleurs). Elle appelle un moto-taxi par téléphone (en arrivant le mieux est de s'acheter un portable, pour pas cher, et de se constituer un petit annuaire de gens sur qui on peut compter ) et on rentre. Je suis cuit.

On se sépare le lendemain matin (mais on se reverra ! merci Manu) et je file à la station de bus, non sans me rappeler les lambis (crustacés) de Jean-Bart et jeter des coups d'oeil furtifs (hum, le furtif peut être parfois plus long) sur les femmes d'ici. Elles sont si gracieuses !

Il faut bien partir. Je refais l'itinéraire de l'aller, en sens inverse (forcément...) et me voilà débarquant à Santo Domingo. J'attends quelques minutes Dolores, de la pension, au colmado du coin, avec une presidente et une dulce de leche... un petit tour nocturne en ville, très bref, et m'endors avec de la bachata en berceuse, tel... qui a fait un beau voyage.

Photo 2: Avouez! Vous vous demandiez bien ce que je pouvais faire tout seul, sans rien dire à personne, dans les rues de Santo Domingo.




Photo 3: J'ai trouvé la caverne d'Ali-Baba, remplie de dulce de leche. Certaines connaissent ma petite faiblesse.


samedi 21 août 2010

Jérémie, le retour (Haïti).

Effectivement, Jérémie, le retour, car je repasse pour une dernière soirée dans la ville et que demain, c'est le chemin du retour. Déjà...

J'ai laissé, avec regrets, Anaïs et Juliette à la fête des Abricots où j'ai passé une ultime nuit. Il y avait beaucoup d'animation sur la plage, sur la place de l'église hier soir pour une nuit de festivités, riche. Je n'ai malheureusement pas pu assister au concert de jazz, ni aux raras. Je ne sais si c'est le décalage horaire, la chaleur de la journée (qui me fait lever tôt) ou le régime alimentaire. Sûrement les trois, mais je sombre assez tôt le soir. A moins que ce ne soit le mélange de rhum-eau de coco. C'est ça, j'ai pas supporté le mélange. La courte durée du séjour a également des conséquences sur la capacité d'absorption, étonnement croissante, de mon estomac : je mange tout ce que j'aime. Et comme je suis entouré de gourmands, le griot de porc ne fait pas un pli. Encore à midi, on a fait un festin.

Photo 1: Il parait qu'Hemingway venait dans le secteur avant d'écrire son célèbre roman. Ce genre de prises n'est pas rare par ici. Mais je préfère le cochon, ici aux Abricots.



C'est toute une stratégie pour choisir son cochon : du pas de la porte de la maison, de bon matin, on observe les porcidés, en forme athlétique, tenus en laisse par leur propriétaire, passant d'un pas allègre, de gauche à droite, furetant dans le sol, cherchant ici une pelure d'avocat, là un reste de fruit. Oui, les cochons sont bios ici. Voyez que mon bilan carbone s'améliore. On les dirige donc vers un endroit plus reculé de la plage, sous la végétation. En même temps, les commerçants installent leur petite tonnelle le long de la plage. J'en profite quand même pour aller me baigner. Puis, une fois séché, je suis prêt pour la deuxième phase : le retour des cochons bios en pièces détachées. D'abord, une moitié du corps, puis la tête, puis le reste. La viande est donc fraîche. Enfin, quand les gargotes sont prêtes et que l'odeur nous vient aux narines (on a un peu résisté tout de même!), on se déplace pour aller choisir les pièces, coupées menues, tout en restant également attentif à la fraîcheur des bananes pesées (on coupe une banane verte en morceaux que l'on fait frire une première fois, qu'on écrase en second, avant une nouvelle friture). On les choisit quand la 2eme friture se fait devant nous.
Les Abricots est un village de pêcheur, on aurait pu prendre autre chose, de toute façon. Mais le cochon a un goût que je ne retrouve pas ailleurs, dans l'esprit, seulement en Corse.

Alors je viens de rentrer à Jérémie, encore en moto-taxi avant de repartir demain, à 5 heures du matin, à nouveau en moto-taxi (youhou) pour la ville des Cayes où je prendrai un nouveau service de bus climatisé, pour Port au Prince.

Je vais donc faire un dernier petit tour dans la ville pour constater à nouveau que certaines choses ont changé. Le pays n'est pas devenu un pays développé en dix ans mais il y a des transformations et le touriste peut venir par ici sans problèmes.

L'auberge de Juliette, l'Auberge'inn (Rue Bordes), est accueillante avec sa belle tonnelle fleurie devant et ses chambres à la décoration soignée.

Photo 2: La végétation a bien poussé depuis.



Le service est impeccable et c'est un délice de déguster chaque jour, au petit déjeuner, une confiture différente, abricots (attention c'est un fruit différent de chez nous et personnellement, en confiture, si la comparaison est pertinente, je préfère ceux d'ici!), goyave, papaye, chadèque, carambole... Je n'oublie pas le mamba maison (pâte d'arachides).

Photo 3: Un des principaux défis du séjour: rester suffisamment longtemps pour goûter à tout.



Juliette et ses employées s'occupent de tout et là aussi, c'est bio. Surtout c'est bon. Pour voir Juliette en action, allez sur youtube.

Quand on est bien installé, on peut aller faire un tour en ville. Pour cela, il faut choisir le bon moment, plutôt en fin d'après-midi ou à la tombée de la nuit quand les rues s'animent. Faites attention aux taxi-motos car le trafic s'est intensifié. Et éventuellement choisir un bon guide qui saura vous ouvrir quelques portes. J'ai Jean-Bart, mon ami.

On commence par le port et son quai (ici "wharf"), où le bateau de Port au Prince arrive le dimanche et repart chargé de charbon de bois et de bananes vertes, notamment, le mardi après-midi. Mais si on reste sur le pont pour le voyage, mieux vaut venir s'installer la veille.

Photo 4: Non, non, on n'est pas au Québec!



Depuis, le quai, quelques changements, pas forcement positifs, sont visibles dans l'aspect architectural de la ville. Sur la rue Stenio Vincent, qui longe le littoral, les grandes et belles maisons des familles de commerçants mulâtres (métis) qui tenaient la ville, sont dans un état de délabrement inquiétant. Ces bâtisses de bois, de briques et de ferronnerie sont souvent remplacées par du parpaing classique, peint de couleurs parfois criardes.

Photo 5: Exemple de changement dans la rue Stenio Vincent. C'est un des buts de promenade de la ville. Les matériaux venaient souvent directement de Paris ou de La Nouvelle-Orléans.



C'est vraiment dommage que ce patrimoine important de la Caraïbe parte comme cela. Pour résumer, le déclin a débuté avec la dictature Duvalier qui dans les 60's a envoyé ses sbires décimer physiquement une partie de ces familles (les autres ont émigré), en représailles (...) d'une certaine jeunesse contestataire. J'y reviendrai plus tard, avec davantage de détails. Mais la ville ne semble pas s'en être remise. Il y a là, c'est certain, un beau travail de recherche historique à faire.

Le centre du pouvoir de la ville semble, par conséquent, se déplacer doucement vers la place Dumas, au pied de la cathédrale Saint-Louis (dont le clocher a été fissuré par le tremblement de terre du 12 janvier), autour de laquelle se sont installées les boutiques des compagnies de téléphonie mobile, près de la mairie. La place a été aménagée et, pour l'instant, elle n'est pas détériorée. Quand les flamboyants fleurissent...

Photo 6: Jean-Bart me guide sur la place. A droite, le monument érigé en l'honneur des 3 Dumas, dont les origines familiales trouvent leur source dans l'union du "maitre et de l'esclave", sur un domaine colonial, à la sortie de la ville. L'Histoire de France n'est jamais très loin ici.




Photo 7: A la sortie de la ville, en direction de Port au Prince, la rivière de Grand'anse qui donne son nom à la région.



Photo 8: Sur la route des abricots et de l'aéroport, à la sortie de la ville, la plage d'Anse d'azur. Elle est presque devenue la plage des tuniques bleues.



Voila, je vais aller prendre une photo de la cathédrale car je viens de m'apercevoir que je n'en avais même pas une, malgré sa belle couleur bordeaux. Je remonte à l'auberge, passant devant le nouveau bâtiment qui regroupe les différents services des ministères, interpellé, de manière amicale, comme bien souvent
- He, blanc...
Là, je dois courir un peu, comme ca m'arrive, régulièrement, quand je suis content:
-He, monsieur, pourquoi vous courrez ? (en créole bien sûr)
-et pourquoi pas?
-(en écartant les bras) haïtien!
Les choses ne sont pas si simples.